Philippe Cornet
Philippe Cornet Journaliste musique

C’est le Peyroux – Le quatrième solo de Madeleine peyroux, la brillante chanteuse de Géorgie convoque toujours le jazz mais s’autorise d’autres couleurs musicales. L’hypnose continue.

« Bare Bones »

Distribué par Universal

l’écoute de ce disque, on se repose la question de la voix. Qu’est-ce qui nous touche tellement chez Madeleine Peyroux? Sa manière nonchalante de caresser autant que de crooner, qui rappelle Billie Holiday (1915-1959). Pas complètement bien sûr et jamais par mimétisme scolaire. Mais l’effet narcotique des vocalises de Peyroux, le sens profond de l’abandon, plonge parfois ses morceaux dans une sorte de stupeur extatique. Au travers de cette référence plus accidentelle que voulue, Madeleine aspire donc une partie importante de l’histoire du jazz. Flash-backs de nightclubs luisants sous le soleil vocal de Billie, images granuleuses du New York fifties où la diva camée est interdite de concert, grandeur minérale mariée à la déchéance sans fin hollywoodienne. On n’en dira pas autant pour la jeune Madeleine, née en 1974 dans une famille de hippies qui va rapidement quitter la Géorgie pour s’installer à Brooklyn. Le premier de ses quatre albums à ce jour, Dreamland, sorti en 1996, sera un disque à succès. Cela n’empêchera pas Peyroux, d’origine française, de passer des mois à faire la manche dans les rues et métros de Paris. Et pas pour un twist de marketing, département qu’elle ignore volontiers en disparaissant régulièrement de la scène publique.

Des raisons de voyager

Madeleine convoque ce qui est le plus précieux en musique: l’imaginaire. Sa musique est suffisamment ouverte pour qu’on y cale nos propres fantasmes. Ce pouvoir évocateur est décliné ici en onze chansons, toutes originales et pas forcément jazz. Le temps d’ Our Lady Of Pigalle ou d’ I Must Be Saved par exemple , on note que Madeleine autorise le folk et le blues à mouiller ses humeurs, laissant son jazz naturel reposer dans la pénombre. En même temps, elle s’éloigne de l’ombre géante d’Holiday et trouve une forme de légèreté, ou plutôt de lévitation. Les chansons ont toujours l’intensité conférée par la voix, mais elles flirtent davantage avec une forme d’indolence majeure. L’orgue de Rivers Of Tears est l’un des baromètres de cette langueur, le superbe Love And Treachery l’un de ses plus beaux symptômes. Sur Bare Bones, Peyroux dessine ses propres songes dans une écriture mature, proche des vertus textuelles de Leonard Cohen. « Can I buy you something, can I wash your feet/Can I read your poems of my thirsty retreat » est sa demande amoureuse dans Our Lady Of Pigalle. Et lorsqu’elle évoque le bonheur perdu, cela donne  » Homeless happiness/If this door is freedom then I’ve found the key ». Parce que le disque convoque aussi un ingrédient organique, quasi-bio, qui tire la vie vers le haut. En cela, Bare Bones n’est pas seulement un album qui fait voyager, mais qui donne aussi des raisons de le faire. l

www.madeleinepeyroux.com,

en concert le 24 avril à l’ Ancienne Belgique à Bruxelles,

www.abconcerts.be

Philippe Cornet

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