Julien Broquet
Julien Broquet Journaliste musique et télé

Mister President – Auréolé de son succès avec l’actrice Zooey Deschanel et le duo She and Him, Matt Ward revient avec un sixième album solo.

« Hold Time »

Distribué par 4AD.

En 2004, sur le plateau d’un talk-show, Conor Oberst, plus connu sous le nom de Bright Eyes, proposait M. Ward pour président. Cinq ans plus tard, alors qu’on se contente de Barack Obama (c’est déjà pas si mal), le petit bonhomme originaire de Portland a vu sa cote de popularité grimper en flèche. Matt a bossé avec le plus grand monsieur de la chanson française encore en vie (Alain Bashung) et aidé (David Sitek de TV on the Radio et Scarlett Johansson nous pardonneront) Zooey Deschanel à enregistrer le meilleur album d’une actrice hollywoodienne de l’ère post 11 septembre. M. Ward étant, pour les distraits, la moitié masculine du duo She and Him.

A l’image de Jason Lytle, l’âme jadis barbue de Grandaddy (on confirme le spectre d’un premier album solo), Tom Hagerman (violoniste et accordéoniste de DeVotchKa), Mike Mogis et Lucinda Williams, la charmante Zooey ( Presque célèbre, L’Assassinat de Jesse James) figure au casting d’ Hold Time, sixième effort du lascar.

« J’ai la chance de posséder des amis extrêmement talentueux et j’aime qu’ils me surprennent, commente Ward, personnage éminemment gentil et courtois mais qui cause rarement plus qu’il le faut. Je préfère parler de communauté que de famille. Nous sommes très différents les uns des autres. Nous ne vivons pas dans les mêmes villes. Nous possédons tous notre propre style et nos propres influences. Et malgré tout, c’est un peu comme si nous travaillions dans le même bureau. Nous exerçons le même métier. Sommes confrontés aux mêmes problèmes. Turlupinés par les mêmes questions. »

Matt a le goût des autres. La liste de ses collaborations est aussi longue que la discographie de Neil Young. The Decemberists, Beth Orton, Cat Power, Norah Jones, My Morning Jacket, Jenny Lewis… Le garçon n’est pas du genre à bosser avec des clampins. Ni à se prendre le melon. Ward se fout de l’image. D’ailleurs, pour se souvenir, il préfère une chanson qu’une photo. Et si on veut pousser un peu plus loin la comparaison, les quatorze titres d’ Hold Time ressemblent davantage à des charmants polaroïds qu’à des clichés numériques haute définition.

Comme Ward le résume assez sommairement, la musique lui permet de capturer le temps. Mais accorde-t-elle encore le privilège d’inverser le cours de choses ? « ça, on ne le sait qu’avec du recul. Après deux ou trois générations. Des gens comme Louis Arm-strong, Billie Holiday et Nat King Cole ont par exemple changé la perception des Afro-Américains aux Etats-Unis. Ils ont brisé les murs. Laissé pénétrer l’humanité, la lumière à une époque, ma foi, fort sombre. »

En attendant, artisan, Matt sculpte. Cisèle. Sa matière première? Des pans entiers de la musique traditionnelle américaine. De la country au folk en passant par un rock délicieusement rétro. Les trois premières titres d’ Hold Time, tout spécialement le morceau d’ouverture For Beginners, méritent à eux seuls qu’on mette la main au portefeuille. Il ne faut pas nécessairement casser sa tirelire pour se faire plaisir. Un disque parfois peut suffire.

www.myspace.com/mward

Julien Broquet

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