Louis Danvers
Louis Danvers Journaliste cinéma

MONDES PARALLELES – Caméra d’Or du meilleur premier film au Festival de Cannes, une ouvre fragile et forte à la fois, nouvelle preuve de la vitalité du jeune cinéma israélien.

De Etgar Keret et Shira Geffen. Avec Sarah Adler, Noa Raban, Gera Sandler. Musique: Christopher Bowen et Grégoire Hetzel. 1 h 18. Sortie: 27/02.Telle une sirène, elle est sortie de l’eau. La petite fille venue de la mer ne dit mot. Et refuse obstinément d’ôter la bouée qu’elle porte autour de la taille. Batya, la jeune femme qui l’a recueillie sur la plage, va voir sa vie transformée par cette étrange rencontre. Le fil tissé par les rapports de Batya et de la gamine n’est qu’une des fibres composant la texture des Méduses ( Meduzot en v.o.), révélation du dernier Festival de Cannes où il a obtenu la Caméra d’Or de la première £uvre. Film choral par excellence, la réalisation d’Etgar Keret et Shira Geffen nous raconte aussi l’histoire de Keren, qui se casse la jambe le jour de son mariage et doit renoncer à son voyage de noces aux Caraïbes. Et celle de Joy, employée de maison venue d’Extrême-Orient et qu’une actrice débordée engage pour veiller sur sa mère. D’autres femmes s’ajoutent au paysage, quelques hommes aussi, l’ensemble offrant un regard personnel et touchant sur une ville (Tel Aviv) où chacun cherche sa place.

FêLURES INTIMES

Les réalisateurs ont voulu faire des histoires menées parallèlement illustrer:  » Les différentes facettes d’un même état d’âme, fait de solitude et d’un désir inassouvi de communication et d’échange affectif. » L’idée de départ est venue à Shira Geffen au souvenir d’un épisode de son enfance quand, lors d’une journée à la plage munie de sa bouée, elle dut assister à une violente dispute entre ses parents. Plus d’une fêlure intime se laisse apercevoir sous la surface de Méduses par ailleurs riche en moments d’émotion. Il serait abusif de chercher une claire dimension sociologique à une £uvre impressionniste, vierge de toute volonté démonstrative. On y capte pourtant le reflet très parlant d’une existence urbaine aux interrogations pas tellement éloignées des nôtres. Et l’omniprésence de la mer, source éternelle d’apaisement pour l’Homme en mal de réconfort, offre un symbole lisible par-delà toute différence culturelle, comme le rappellent entre autres plusieurs films de Takeshi Kitano et le tout récent De l’autre côtéde Fatih Akin. Une des vertus du jeune cinéma israélien d’aujourd’hui (voir aussi récemment The Bubble d’Eytan Fox) est de trouver sans grand effort le chemin menant du particulier à l’universel. Et s’il n’y a pas de message dans Les Méduses, ce beau film fragile et fort à la fois n’en constitue pas moins une invitation à s’ouvrir aux autres, à refuser la tentation du repli sur soi. En ces temps de menace identitaire, et venant d’une des régions les plus violentes du globe, le propos n’en est que plus pertinent.

www.pyramidefilms.com

retrouvez louis danvers sur la première de la rtbf. chaque mercredi, entre 12 et 13 heures, louis danvers commente les sorties cinéma et l’actualité culturelle dans « culture club », l’émission de corinne boulangier et eric russon.

LOUIS DANVERS

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