Guy Verstraeten
Guy Verstraeten Journaliste télé

22.05 ARTE

DE LOïC PRIGENT.

Captivant, didactique, audacieux: le documentaire de Loïc Prigent sur les coulisses du défilé haute couture dames de Jean-Paul Gaultier empile ces qualités comme les petites mains empilent les heures d’acharnement dans l’atelier du patron. C’est là, dans un immeuble de 7 étages sis dans les alentours de Montmartre, que le créateur règne sur les derniers préparatifs de son spectacle. Partout, des vêtements, et des artisans chiffonnés, souvent artisanes d’ailleurs, lancés dans un contre-la-montre fascinant que le réalisateur nous décrit comme un suspense bien fignolé. L’arrière-salle de « l’aristocratie de la mode » est pleine de sueur, de stress, de pétages de plombs: 28 heures avant le défilé, aucune robe n’est prête. Gaultier taille dans l’espace, sans croquis, fait sans cesse évoluer ses créations, à charge pour ses collaboratrices de traduire au plus vite ces visions venues des tréfonds d’une imagination body-buildée. Chaque robe – la clown, la croco, la mariée – devient alors un personnage à part entière, un personnage auquel on s’attache et qu’on souhaiterait voir triompher. Les matériaux sont nobles, les idées sont foisonnantes et les heures de travail sont ahurissantes. Retouchés jusqu’au bord du catwalk, à quelques secondes de leur entrée en piste, ces petits bijoux d’art sont surtout « le fruit d’un travail d’équipe », comme le souligne, épuisée, l’une des employées de Gaultier. Pour tenir le coup, elles se font masser, tard le soir. Pas étonnant: quand le créateur préféré de Madonna pavane devant la presse et les people, les petites mains célèbrent en coulisses, champagne à la main, Mireille Simon, la première d’atelier.

CLARTé SALUTAIRE

Passionnée de mode, Loïc Prigent parvient à rendre cette atmosphère fébrile avec beaucoup de perspicacité. L’une des grandes forces de son film – lequel s’inscrit dans une série documentaire qui, après Fendi et Gaultier, s’est immiscée dans les coulisses de Proenza Schouler et de Sonia Rykiel- est de ne pas laisser les profanes sur le bord de la route: Prigent explique les concepts liés à la mode avec une clarté salutaire, tout en captant de drôles de moments, comme lorsque ces grandes tiges perchées sur hauts talons, parées d’un bout de tissu valant plusieurs milliers d’euros, sprintent en backstage pour se changer. Bien joué. l

Guy Verstraeten

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