Eric Swennen
Eric Swennen Journaliste livres

BONNE NOUVELLE POUR LES AMATEURS D’HUMOUR BRITISH: DEUX INÉDITS DU GRAND P.G. WODEHOUSE SORTENT COUP SUR COUP. YES!

Un Pélican à Blandings

Si j’étais vous

DE P.G. WODEHOUSE, ÉDITIONS LES BELLES LETTRES, TRADUIT PAR ANNE-MARIE BOULOCH, 260 PAGES ET 245 PAGES.

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La simple évocation du nom à coucher dehors de Pelham Greenville Wodehouse, né il y a 133 ans dans le sud de la Grande-Bretagne, fait apparaître un sourire entendu sur le visage de tout qui s’est frotté un jour à l’univers loufoque de ce monstre sacré de la littérature anglaise. Autant annoncer la couleur: nous en sommes. A la base journaliste et critique théâtral, ce n’est qu’à l’aube de la quarantaine que le virus de l’écriture compulsive gagne Wodehouse. Dieu merci, le vieux renard vivra jusqu’à l’âge de 94 ans, le temps d’écrire pas moins de 70 romans et le triple de nouvelles. Et si pas mal de traductions ont traversé la Manche et même l’Atlantique -Wodehouse s’installera aux Etats-Unis définitivement dès 1947- dans une multitude de versions chez autant d’éditeurs que l’on s’amuse à traquer pour la beauté du sport, il s’avère qu’il reste encore quelques textes inédits en français. Les éditions des Belles Lettres ont donc participé à l’effort de guerre et nous offrent deux belles occasions de retrouver un style certes classique, mais d’une efficacité comique toujours aussi redoutable, avec la sortie de Si j’étais vous (1931) et d’Un pélican à Blandings (1969) qui n’ont rien de fonds de tiroirs.

La vie de château

Si, pour beaucoup, le nom de P.G. Wodehouse rimera toujours avec celui de Jeeves, stoïque valet de chambre volant sans cesse au secours de son inconséquent de maître, on se réjouit de retrouver le cadre infernal du château de Blandings et ses inénarrables occupants. A commencer par le maître des lieux, lord Emsword, et sa truie de concours fétiche, l’Impératrice de Blandings. Le vieil homme coulerait des jours heureux dans son domaine si Connie, sa despote de soeur, ne venait pas semer le désordre en s’évertuant à y inviter une galerie de personnages aux noirs desseins. Comme toujours, Wodehouse semble écrire pour amuser la galerie avant tout. On ne trouve pas l’ombre d’un point de vue politique ou d’engagement social chez lui -tout au plus une innocente raillerie envers ses frères ennemis américains-, qui se borne à malmener une bourgeoisie britannique dont il semble connaître les travers sur le bout des doigts vu qu’il est fort probable qu’il en faisait lui-même partie. Car on ne sait finalement pas grand-chose de cette véritable superstar de la littérature anglaise. Et ça n’est pas sa prétendue mais hilarante autobiographie Hello, Plum! (Points) qui va nous éclairer tant il y noie le poisson à la manière de ses personnages de tire-au-flanc, lâches et manipulateurs devant l’éternel. Dans Si j’étais vous, on ne change pas une formule qui gagne:il nous fait le coup classique de l’échange de nourrissons aux classes sociales opposées à l’extrême et son lot de conséquences malheureuses. Si on nage à nouveau dans les eaux codées voire éculées du théâtre de Boulevard, le génie de Wodehouse réside dans ses dialogues enlevés et dans une imagination inouïe en matière de métaphores bien senties qui ne sont pas prêtes de prendre une ride. Un vrai trésor, que l’on espère toujours incomplet.

ERIC SWENNEN

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