La Multiplication des feux follets

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Beatriz Silva, universitaire, apprend dans le journal que le crâne du maître du cinéma expressionniste F.W. Murnau (Nosferatu) a été dérobé. La jeune femme est persuadée que le méfait a été commis par Quirós, un dandy cinéaste qui a fréquenté la pension décrépite où elle réside. Fasciné depuis l’enfance par le réalisateur allemand, il avait l’intention d’éclairer dans un film ses derniers mois de vie à Tahiti et le tournage de Tabou, œuvre finale. Beatriz a beau s’en défendre , Quirós a ouvert une brèche dans sa psyché de Mademoiselle Je-sais-tout, au point qu’elle veuille rendre compte de son projet de façon exhaustive, retraçant ses faits et gestes mais aussi ceux de toutes les personnes clés qu’il a pu croiser. Par-delà la condescendance de Bea, le lecteur détecte sa vulnérabilité. Dans la myriade de notes de bas de page (savoureuse parodie des dérives de l’écriture universitaire), Taranilla nous donne à lire une femme en proie à l’insécurité de n’avoir rien accompli à 32 ans, contrairement à tant de figures illustres (dont Greta Garbo, Georges Bataille ou même… Hitler! ). Flux halluciné, La Multiplication des feux follets est de ces vortex romanesques fascinants qui arriment autant qu’ils égarent.

De Raquel Taranilla, éditions Métailié, traduit de l’espagnol par François Gaudry, 304 pages.

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