Louis Danvers
Louis Danvers Journaliste cinéma

A PERDRE HALEINE – Inspiré par John Cassavetes et son magnifique Gloria, Erick Zonca emmène Tilda Swinton dans une folle équipée criminelle.

De Erick Zonca. Avec Tilda Swinton, Saul Rubinek, Kate del Castillo. Musique: Calexico. 2 h 20. Sortie: 07/05.lle a encore belle allure, Julia. Surtout dans la semi obscurité des night-clubs où elle promène sa longiligne séduction. Mais le matin, quand les vapeurs d’alcool et de sexe furtif se dissipent sous les rayons aveuglants d’un soleil trop tôt levé, la réalité impose son visage blafard, celui d’un alcoolisme et d’un chaos existentiel minant la vie d’une femme plus trop jeune, et encore moins équilibrée.

Tilda Swinton est Julia. Avec ce qu’il faut d’audace et de grand style déjanté. Un personnage étonnant, ravageur encore, ravagé bientôt. La grande actrice anglaise fut l’égérie du poète gay Derek Jarman ( Caravaggio, Edward II) et l’inoubliable interprète de l’androgyne Orlando de Sally Potter en 1993. Récemment vue dans Michael Clayton face à George Clooney, l’artiste londonienne fait une création frappante devant la caméra du Français Erick Zonca. Le réalisateur de La Vie rêvée des anges lui a destiné un rôle de femme forte et fragile à la fois comme celui tenu par Gena Rowlands dans Gloria, le film de John Cassavetes. Tout comme Gloria, Julia va se retrouver embringuée dans une folle intrigue criminelle, avec à ses côtés un enfant dont la vie dépendra.

Comment un kidnapping, une fuite éperdue à travers le sud des Etats-Unis, un passage au Mexique, vont mettre à rude épreuve une héroïne ambiguë et son jeune compagnon obligé, le film le narre d’assez fascinante manière. Dans un style picaresque, mêlant au road movie criminel des éléments d’humour acide et quelques ruptures poétiques. La caméra de Zonca vagabonde sur les pas de Julia, chronique ses rencontres parfois surprenantes, presque toujours inquiétantes ou dangereuses.

DE NAN GOLDIN à CASSAVETES

Le cinéaste s’est inspiré des photographies de Nan Goldin, et bien sûr de l’art libre et jazzy de Cassavetes, pour peindre sa chronique d’une dérive humaine sur fond de rapport nord-sud et d’Amérique contemporaine.

Premier film d’Erick Zonca depuis son chef-d’£uvre, Le Petit voleur, sorti en… 1999, Julia doit son apparition tardive à un long processus d’écriture, puis au lâchage d’investisseurs américains initialement intéressés au projet. Une aussi longue absence créait une forte attente, que le film vient enfin satisfaire, mais sans la combler totalement. Julia éprouve quelque peine à justifier sa très longue durée, et se dilue par endroit là même où une concentration maximale de l’émotion eut été nécessaire. Le jeu volontiers distancié de Tilda Swinton, marque bien connue de cette comédienne remarquable, nous tient aussi un peu à distance d’une action pourtant riche en implications intimes. On eût aimé vibrer plus aux mésaventures de cette Julia, alcoolique on ne peut moins anonyme.

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