Laurent Hoebrechts
Laurent Hoebrechts Journaliste musique

josé à part – Sur son premier essai, José James insuffle du soul dans son jazz, et inversement. Coup de maître.

« The Dreamer »

Distribué par Brownswood Recordings/V2. Il y a des personnes comme ça, auxquelles vous prêteriez les clés de votre discothèque sans souci. Le DJ anglais Gilles Peterson, par exemple. Confiez-lui un budget, partez faire un tour, et vous récupérerez votre collection rafraîchie, ayant retrouvé tout son groove d’antan. Soul des années 2000, hip-hop malin, funks tropicaux, house atmosphérique,… Toujours classieux, élégant et émouvant à la fois. Il aura par exemple peut-être eu le bon goût de glisser l’album de José James, The Dreamer, qu’il a fait signer sur son label Brownswood. Un premier disque bluffant, à placer à côté de ceux de Jill Scott, chanteuse pareillement en équilibre entre jazz et soul.

GéNéRATION HIP-HOP

Originaire de Minneapolis, la patrie de Prince, José James s’est pourtant longtemps cherché, a dû frapper à pas mal de portes avant de convaincre. Passé par la New School for Jazz & Contemporary Music NY, il tente le coup à Londres, sans beaucoup plus de succès, avant d’accrocher l’attention de Gilles Peterson. Il lui confie une démo qui comprend notamment sa relecture d’ Equinoxe de Coltrane.  » Je pensais que des chanteurs pareils n’exis- taient plus. J’avais tort. José est là pour nous rappeler pourquoi nous aimons tant la musique.  » Parole de Peterson, parole de boss, d’accord, mais tout de même. De fait, José James s’écarte des voies (et des voix) qu’ont pu tracer ces derniers années les Jamie Cullum et autres Michael Bublé. Félin, mais pas du tout crooner, il faut plutôt chercher José James, ses accents ronds et chauds, du côté de Gill Scott-Heron, ou encore de Terry Callier. D’ailleurs, quand il s’agit de s’attaquer à des reprises, les standards sont écartés pour préférer par exemple Nola, de Bill Lee (le père du réalisateur Spike), ou le Spirits Up Above de Roland Kirk, dont le swing bluesy est en partie supporté par le piano du vénérable Junior Mance. A côté de cela, José James prouve aussi que, tout tourné soit-il vers le jazz, il est de cette génération qui a intégré le hip-hop dans sa démarche. De manière explicite (la reprise de Park Bench People de la formation rap underground Freestyle Fellowship), ou, le plus souvent, discrète (les inclinations drum & bass de Love). Cela n’a l’air de rien, mais cela permet à José James de « rêver » une version du jazz aussi respectueuse de l’héritage qu’éminemment moderne. Et vu le résultat de ses premiers songes, on évitera surtout de le réveiller.

www.myspace.com/josejamesquartet

LAURENT HOEBRECHTS

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