Philippe Elhem
Philippe Elhem Journaliste jazz

« Masada Live »

Distribué par Jazz Door (Codaex).

ès le milieu des années 70, John Zorn, à travers des groupes tels que Naked City ou Painkiller, fit imploser les barrières qui pouvaient séparer les scènes jazz, rock et autres. La naissance de Masada en 1993, qui mettait en avant l’identité juive du musicien, amplifia le phénomène en fédérant autour de sa personne et de la musique proposée (mélange détonnant de Klezmer et de mélodies orientales) des publics n’entretenant que de lointains rapports entre eux. Le groupe (composé, outre Zorn à l’alto, de Dave Douglas à la trompette, Joey Baron à la batterie et Greg Cohen à la contrebasse) se mit à écumer les festivals et les salles du monde entier avec une diversité d’approche allant du mainstream au free jazz et recueillant un succès populaire digne du Miles Davis des grandes années électriques.

Nombreuse descendance

Le combo s’appuie sur un répertoire original de 100 compositions (le Masada Book suivi en 2004 par le Masada Book 2- The Book of Angels qui, lui, en comporte 300) que 10 disques de studio enregistrés en moins de 4 ans suivis par 5 généreux albums live (dont l’un capté au Middleheim) ne suffiront pas à épuiser. L’incroyable fécondité de Zorn a entre-temps transformé Masada en un concept qui va se voir décliner dans les années à venir sous les formes les plus diverses et opposées: groupe électrifié (Electric Masada), large et moyenne formation (Bar Kokhba, Bar Kokhba sextet), trio de musique de chambre (The Masada String Trio), duo piano/violon (Sylvie Courvoisier, Mark Feldman et Masada Recital), trio de guitares (The Masada Guitars avec Marc Ribot, Bill Frisell et Tim Sparks), auquel il faut ajouter des interprétations de différentes compositions par des artistes ou groupes tels que Iku Mori, Medeski Martin & Wood ou ROVA (The Unknow Masada) sans oublier le dernier avatar en date avec le Masada Quintet feat. Joe Lovano (Stolas) qui signe un retour au jazz pur et dur (et dans lequel Zorn joue les guest stars). Quant à ici, Masada Live, longtemps considéré comme le premier enregistrement du quartet jamais réalisé jusqu’à ce que Zorn ne sorte Masada First Live 1993 en 2002, c’est, en fait, un semi-bootleg à la qualité sonore excellente capté à New York en 1994. S’il possède la particularité d’avoir comme batteur Kenny Wollesen en lieu et place de Joey Baron, il offre surtout un témoignage excitant sur un groupe déjà au sommet de son talent, soudé, pyrotechnique et qui possède déjà une personnalité distincte de son évident modèle: le quartet originel d’Ornette Coleman, ange tutélaire du free jazz et maître des improvisations polyphoniques.

John Zorn sera avec Laurie Anderson et Lou Reed le 13 août à 21h au Jazz Middleheim pour un concert intitulé Improvisations.

Philippe Elhem

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