Philippe Cornet
Philippe Cornet Journaliste musique

Jackie le maraudeur – La voix caverneuse de Jackie Leven livre de fascinants échos d’un parcours humaniste secoué par l’héroïne, l’écosse minière et le Londres new wave.

Double CD « Winter  »

Distribué par Cooking Vinyl/V2.Soirée new wave dans le Londres de 1978: au lieu du concert prévu des Rich Kids (avec Glen Matlock, ex-bassiste des Pistols), on a droit à un groupe inconnu, Doll By Doll, qui débarque, mur du son griffé de guitares viscérales et exhibition de mélodies épiques. Cela bluffe complètement l’audience, nous aussi. Doll By Doll produira quelques disques noyautés d’idées audacieuses sur l’antipsychiatrie et autres palpitations de la conscience, avant de disparaître et de laisser son leader Jackie Leven (1950) poursuivre une route ébréchée et solitaire. Winter est une série qui récupère les tirages limités de Jackie dans un formatage CD généralisé. Deux disques le composent: Munich Blues (2000) et Men In Prison (2003) . Une longue introduction faite au concert de la prison de Bergen nous apprend que Jackie Leven a été autrefois un homme violent. En Angleterre et en Ecosse, il a fréquenté des établissements pénitentiaires.  » Je suis content que cela soit fini mais je ne regrette rien », dit l’armoire scottish à voix d’ange terrestre. A l’extérieur pourtant, un mauvais soir londonien de 1984, il sera agressé avec une telle violence qu’il ne pourra plus chanter ni parler pendant deux années… Jackie tombe dans l’héroïne, devient accro et perd finalement le désir de la musique. Humiliation suprême qui l’incite à vaincre son addiction et poursuivre sa chaotique carrière débutée dès la fin des sixties.

Blues rédempteur

Jackie n’aime rien tant que de raconter des histoires, pas forcément hilarantes mais qui sentent puissamment le folk, le blues et les autres genres de maraudage musical. Hormis un premier morceau garni d’un magnifique ch£ur gallois, Men In Prison présente l’oiseau en version solo: il n’y a que sa guitare acoustique, un truc qui pleure facilement des cathédrales et puis sa voix, tambour sentimental qu’une légère réverbération fait tanguer sur les mélodies. La voix, pour une raison peu explicable, semble être celle d’un honnête homme. Elle travaille au corps des chansons fortes, intimes, traversant volontiers les steppes biographiques:  » Reality is for people who cannot handle drugs », dit-il en riant, visiblement étranger à la came. L’autre disque, Munich Blues, bénéficie d’un accompagnement tout aussi sobre: une choriste et un claviériste/trompettiste y racontent le superbe I Saw My Love Walk Into The Clouds et les sifflements qui planent sur les accords mineurs. Et puis, à trois, ils chevauchent le classique You’ve Lost That Loving Feeling sur des contreforts folk, mais avec la magie du triomphalisme sixties de l’original. Malgré ses histoires barbelées, ce double CD a quelque chose d’infiniment apaisant… La voix sans doute. Le parcours du mec aussi.

www.jackieleven.co.uk

Philippe Cornet

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