Myriam Leroy
Myriam Leroy Journaliste, chroniqueuse, écrivain

PARANOÏA AIGUË – SURFANT SUR LES OBSESSIONS AMÉRICAINES POST-11 SEPTEMBRE, HOMELAND RESSUSCITE LA SÉRIE À SUSPENSE ET RÉCONCILIE PUBLIC ET CRITIQUE.

UNE SÉRIE SHOWTIME CRÉÉE PAR HOWARD GORDON ET ALEX GANSA. AVEC CLAIRE DANES, DAMIAN LEWIS, MANDY PATINKIN. DIST: FOX.

C’est LA série du début de la décennie 2010. Celle dont on parle autant dans les journaux que sur les réseaux sociaux. Celle qui a réanimé le cliffhanger final comme impératif narratif. La seule à même de consoler les déçus de toutes les séries à suspense présentées comme étant les héritières de 24 heures chrono. Homeland est ainsi entrée dans l’Histoire cet automne comme étant la fossoyeuse de Mad Men ou, à tout le moins, la série qui a mis fin à son hégémonie de cinq ans sur les Emmy Awards, les Oscars de la télévision américaine.

Elle a débarqué dans un paysage audiovisuel sclérosé par plusieurs années de disette créative, où n’avaient plus fleuri que des projets mineurs. Certes, quelques jolies surprises voyaient quelquefois le jour, mais aucune ayant le pouvoir fédérateur de grandes sagas comme Lost, Desperate Housewives ou Prison Break (la première saison, tout du moins), et quelques autres séries dont on pouvait parler tant avec le cousin hipster qu’avec la boulangère du coin. Réconciliant les fans de suspenses musclés et ceux d’intrigues psychologiques tortueuses, mettant d’accord public et critique, Homeland est en fait la version US d’une série israélienne, Hatufim (qui, pour la petite info, sera diffusée sur Arte en avril prochain). C’est l’histoire de Carrie, une agente de la CIA qui soupçonne un soldat américain de retour de détention en Irak d’avoir été retourné par ses geôliers. Carrie qui fait confiance à ses intuitions, aux signes qu’elle croit percevoir, et à la périlleuse empathie qu’elle ressent pour le sergent Brody. Carrie qui souffre de lourds troubles mentaux et entraîne le téléspectateur dans sa paranoïa, tandis que sa hiérarchie (refrain connu) s’emploie quotidiennement à lui mettre des bâtons dans les roues.

Illustratif de la solitude des héros (refrain connu bis), ce personnage de femme écartelée entre son devoir et ses sentiments, constamment sur le fil du rasoir, a repropulsé Claire Danes sur le devant de la scène, lui offrant un second souffle dans une carrière marquée essentiellement par la série Angela, 15 ans et le Romeo + Juliette de Baz Luhrmann.

Une actrice extrêmement attachante, qui humanise idéalement le propos de la série, et lui permet d’éviter par exemple les écueils sur lesquels s’est échoué le film Zero Dark Thirty, trop décharné et austère pour proposer un point de vue réellement captivant. Haletante et intelligente, la première saison de Homeland cèdera malheureusement la place à une deuxième beaucoup moins réussie, nettement plus poussive, évacuant sa subtilité au profit d’une plus grande lisibilité par les masses.

Il n’empêche, Homeland -dans son ensemble- reste largement au-dessus de la moyenne américaine de ces dernières années, en surfant habilement sur la paranoïa qui n’a cessé de tenailler les entrailles de l’Amérique depuis le 11 septembre 2001.

À PARTIR DU 24/02 SUR RTL TVI.

Myriam Leroy

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