Louis Danvers
Louis Danvers Journaliste cinéma

A fleur de Peau-rouge – Jouissif en… diable, Hellboy II décline le film de monstres avec une invention formelle et une fantaisie plus libres que jamais. De l’excellent film de genre, par le grand Guillermo Del Toro.

De Guillermo Del Toro, avec Ron Perlman, Selma Blair, Doug Jones. 1 h 55. Distr.: Universal.

Avant de s’en aller tourner, en Nouvelle-Zélande, le très atten-du et très ambitieux Hobbit produit par Peter Jackson (sortie prévue en… 2012), Guillermo Del Toro nous a concocté une bien belle suite à son déjà fort épatant Hellboy. Nous retrouvons avec plaisir Ron Perlman dans le rôle titulaire, celui de cet enfant de Satan appelé à la rescousse par les nazis (via l’infâme Raspoutine!) qui veulent en faire leur allié mais qui, recueilli en pleine guerre par un scientifique, deviendra au contraire un combattant opposé aux forces du Mal. Créé par Mike Mignola dans ses bédés au milieu des années 90, Hellboy vit désormais dans un centre ultrasecret où le gouvernement abrite avec lui d’autres créatures fantastiques, vouées également à des missions clandestines au service de la démocratie et de la sécurité publique. Entre deux sorties sur commande, le héros à la peau rouge et aux cornes limées s’ennuie. Il s’ennuie ferme car l’action lui manque, la célébrité aussi. Hellboy aime en effet être reconnu, et le secret lui pèse. Il en devient même difficile à vivre pour sa petite amie, la littéralement flamboyante Liz, et pour son pote, l’amphibien Abe Sapien. Les menaces qu’un prince des ténèbres, servi par une armée de monstres, fait peser sur le genre humain, vont heureusement lui donner l’occasion de reprendre du service… et de quitter l’ombre dans laquelle le maintenaient des responsables bureaucrates et frileux. Enfin!

Un sommet d’imagination

Hellboy II: The Golden Army a de quoi réjouir tout amateur d’imaginaire au cinéma. Personnages mémorables, action trépidante, effets spéciaux magnifiques, gags savoureusement décalés, répliques ironiques et beauté formelle par endroits stupéfiante: le cocktail agité par Del Toro est assurément goûteux. Le réalisateur mexicain y ajoute une réelle empathie pour ses monstrueux protagonistes, tout en multipliant les clins d’£il comme celui envoyé au grand Ray Harryhausen. Le bedonnant mais oh combien énergique Guillermo ne tente pas, certes, d’imposer au film cette profondeur extraordinaire qu’avait El Laberinto del fauno ( Le Labyrinthe de Pan), son chef-d’£uvre sorti voici trois ans. Mais la maturité manifestée dans ce sommet d’imagination authentiquement subversive et de noire poésie se reflète dans certaines séquences particulièrement accomplies de l’évidemment beaucoup plus léger Hellboy II. Peut-être le meilleur film de monstres depuis Batman Returns de Tim Burton en 1992, celui-ci mérite plusieurs visions tant le spectacle offert est riche. On profitera, sur le DVD, de commentaires audio éclairants. Et, surtout, on se régalera! Quand on pense que l’ami Del Toro n’a encore que 44 ans, et qu’il a plein de projets en plus de l’excursion Tolkien aux antipodes (avec notamment une nouvelle adaptation de Tarzan et une autre de At The Mountains Of Madness de H.P. Lovecraft), on se dit qu’il n’a pas fini de marquer le cinéma de genre!

Louis Danvers

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