Grands formats

© © MARIO FERRETTI
Michel Verlinden
Michel Verlinden Journaliste

L’ANCIEN HALL DU PALAIS DES CONGRÈS ACCUEILLE UN IMPOSANT DIALOGUE ENTRE LES OEUVRES DE JEAN-LUC MOERMAN ET CELLES DE MARIO FERRETTI. COLOSSAL.

Jean-Luc Moerman & Mario Ferretti

5, MONT DES ARTS, À 1000 BRUXELLES. JUSQU’AU 02/04.

C’est l’une de ces curiosités architecturales dont la capitale n’est pas avare. Elle porte le nom de « Bâtiment Dynastie ». Il y a fort à parier que, situé en bas du Mont des Arts, ce colosse de béton que n’aurait pas renié Albert Speer s’est taillé une place de choix au sein du territoire mental de tout Bruxellois digne de ce nom. Il faut dire qu’avec la porte de bronze mégalomane sur laquelle il s’ouvre et le carillon dont il est flanqué, ce bâti érigé en 1956 se pose là, incontournable. Il aura fallu l’esprit d’à-propos d’Antonio Nardone pour que le lieu, originellement envisagé comme hall du Palais des Congrès, reprenne du service. Y pénétrer ne se fait pas impunément: une perspective de 17 mètres sous plafond broie le visiteur imprudent. Amateur des configurations atypiques et des projets hors des clous, Nardone a trouvé là temple à sa pointure. Après y avoir organisé sa foire « off » dans les marges d’Art Brussels, le commissaire signe aujourd’hui l’une de ces boutures dont il a le secret. Soit une exposition hybride qui fait se croiser les tourbillons chromatiques de Jean-Luc Moerman (Bruxelles, 1967) et les assemblages sculpturaux de Mario Ferretti (Ath, 1970). Sur papier, impossible de ne pas penser à la célèbre formule de Lautréamont: « Beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie. »

Imagination

Pour avoir vu l’accrochage en cours de montage, il est difficile de se prononcer quant au résultat final. C’est donc pour l’heure mentalement que l’on a projeté les grands formats de Moerman -aquarelles, acryliques, huiles sur toiles de lin et également sur coton indien- sur l’immense mur qui accueillera les toiles. L’idée est belle, qui renoue avec des pratiques d’exposition remontant à la Renaissance. On songe à ces galeries telles qu’a pu les peindre un David Teniers le Jeune. La filiation fait d’autant plus sens que l’oeuvre de l’intéressé s’inscrit plus que jamais dans le prolongement naturel de l’histoire de la peinture. La maîtrise est totale, du trait à la couleur, tandis que les compositions se découvrent comme une ingestion-digestion-restitution du paysage -sa principale source d’inspiration. Moerman se donne aujourd’hui les moyens de revenir sur ses toiles, les retouchant parfois au fil d’un processus de cinq années. A ces confluences font écho les fascinantes archéologies mécaniques de Mario Ferretti. Il y a du Dexter dans son approche, comme en témoigne une pièce comme L’Arbre fruitier, patiente et obsessionnelle déconstruction d’un arbre, un de ses sujets de prédilection, en un cabinet de curiosités de plus de 1000 éléments. Avec trois oeuvres monumentales, pensées pour l’intérieur, Ferretti fait entendre sa voix dès l’entrée. Il démontre la polyvalence de son art, qui ne craint pas de confronter le bois à l’aluminium, voire à la résine ou au plastique. Le sculpteur s’empare également d’autres volumes à la faveur de ré-assemblages offensifs qui lorgnent du côté de la prothèse ou de l’échafaudage. Le tout pour un dialogue haletant « entre l’intérieur et l’extérieur, entre le socle et la sculpture et enfin entre la nature et l’artefact« .

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MICHEL VERLINDEN

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