Philippe Cornet
Philippe Cornet Journaliste musique

Il y a une semaine, le tout-Bruxelles se bousculait à la Centrale électrique, à Bruxelles, pour la soirée de lancement de Focus. Sur scène, Minerale, les Girls et Yael Naim, la révélation pop-folk de ce début d’année. Interview et compte rendu en images d’une nuit… survoltée.

L’album au titre éponyme n’est pas sans rappeler Feist, moins pour le style que pour la grâce et la personnalité immédiates des chansons. Yael Naim y trouve la bonne distance entre l’expression d’une intimité et la communication pop. Première audace: l’hébreu domine les textes, laissant une place marginale à l’anglais. La douceur des mélodies ne se vautre jamais dans la joliesse et trouve de constants motifs de voyage. De Paris à Israël, d’un exil à l’autre, d’une terre de France métissée à un Proche-Orient éclaté, Yael Naim dévoile deux ou trois choses sur sa vie, sans overdose d’effets. On pense brièvement à un Radiohead ayant retrouvé le chemin de la pleine inspiration ( Shelcha) tout en sachant que le pouvoir de lévitation de cette musique-là, n’appartient qu’à Yael.

Plusieurs moments laissent simplement parler le talent ( Lonely, Far Far): technique vocale parfaite et sensualité rémanente, glissées dans des arrangements funambules qui agrandissent l’espace de chaque chanson.  » Pendant deux ans, dans l’appartement de Yael, on a travaillé une identité commune« , explique David.  » Une sorte de ping-pong qu’on ne voudrait jamais arrêter« , complète Yael. Sans être amants, les deux ont, de toute évidence, joint leur amour de la musique.  » Là où j’improvisais, David, d’origine parisienne martiniquaise, soignait les rythmes, cadrait la musique, emmenait mon éducation folk et classique dans son univers plus jazz, plus soul, plus funk, poursuit Yael. David m’a aussi appris à rendre l’hébreu plus musical, moins guttural: c’était important pour moi de ne pas travestir mes émotions dans une langue que je ne maîtrise pas parfaitement.  »

RUPTURE ET RENAISSANCE

Née à Paris de parents juifs tunisiens en 1978, Yael parle un français étincelant mais dit vouloir encore en tester les subtilités d’écriture. Une rupture sentimentale est à la source du disque: elle voulait donc pouvoir saisir chaque mot correspondant à la déception, courbe de spleen qui croise celle de la renaissance. La mélancolie rôde mais ne déroute pas la force des chansons, y compris dans la reprise épatante du Toxic de Britney Spears.  » Je suis si heureuse alors pourquoi la nuit je pleure?« , lance Yael dès la première plage. Mais aujourd’hui, Yael rit, elle sent que ce disque fait bouger les choses, que sa musique touche.

On est loin de son service militaire dans l’orchestre de l’armée israélienne, de sa participation à la version parisienne du spectacle Les dix commandements ou de son tout premier album sorti sans bruit en 2001. Elle a surmonté la  » période de six mois-un an de vide complet » qui a suivi ces épisodes d’une vie pleine mais fracturée. Elle a rompu avec son boyfriend israélien, elle a trente ans et, clairement, une belle vie musicale devant elle.

u CD chez Bang! En concert le 14 mai au Cirque Royal dans le cadre des Nuits Botanique u www.botanique.be

PHILIPPE CORNET

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