Myriam Leroy
Myriam Leroy Journaliste, chroniqueuse, écrivain

22.10 LA UNE

DE DAVID DELRIEUX. AVEC SMAïN, BIYOUNA, RYAN AZZOUG-GAUMONT.

Ce n’est probablement pas un grand film. Mais c’est un vrai petit bonheur. Le genre à faire écraser une larme de crocodile en espérant que personne ne s’en rende compte. Son pitch est tiré par les cheveux, c’est vrai, mais si on décide de l’accepter comme il vient, alors ce Garçon manqué touche au c£ur. Il raconte l’histoire de Noureddine, petit garçon qui se réveille un beau jour avec… ses règles. Depuis onze ans, sa mère Fatima lui raconte des légendes, des fables avec des djinns qui prétendent que Noureddine est né avec un sexe de fille mais que son identité sexuelle masculine se révélerait plus tard. Et que d’ici le « plus tard », Noureddine doit dissimuler son secret à tout le monde, même à son père. En fait, ledit père (joué par un Smaïn toujours épatant dans les rôles durs) est un homme autoritaire, qui voulait absolument un garçon, et dont la femme avait peur de la réaction quand elle a su qu’elle accoucherait d’une fille. Noureddine entre dans l’adolescence avec des questions sans réponses et une furieuse envie de se découvrir.

ÉMANCIPATION

« En fait, c’est vraiment une comédie sur la question d’un mensonge, d’un secret sur l’identité sexuelle d’un enfant », explique sa scénariste Adila Bennedjai-Zou. « Ca m’amusait d’écrire ça parce que ça me permettait d’explorer un certain nombre de rituels, de choses qu’on attend des garçons et des filles… et d’en rire. » Au final, Garçon manqué fait moins rire que réfléchir. Et est moins un film sur l’identité sexuelle – traitée d’une manière similaire dans le roman de Tahar Ben Jelloun L’enfant de sable – que sur l’émancipation. Emancipation du poids des traditions, des conventions sociales et des peurs. A cet égard, le rôle joué par la formidable comédienne algérienne Biyouna est hautement symbolique. Cette vieille femme qui a le bled chevillé au corps dit souffrir du « mal du dehors »… jusqu’à ce qu’elle pose le pied sur le trottoir français qui l’attend devant la maison. Dans la vie, tu peux choisir ce que tu deviens: voilà en substance l’un des messages de ce téléfilm. Qui réjouit également par sa galerie de personnages féminins hauts en couleur, un gynécée complètement déjanté, vraiment drôle.

Myriam Leroy

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