Matthieu Reynaert Journaliste cinéma

Universal s’est associée à un studio français, Macguff Ligne, pour franchir le pas d’un long métrage d’animation en 3D. Visite de tournage.

Depuis que Pixar a offert la résurrection à l’animation familiale grâce aux images de synthèse, la plupart des majors hollywoodiennes se sont engouffrées dans la brèche. Et certaines s’en sont tirées avec les honneurs du box-office. Dreamworks avec Shrek ou Madagascar, la Fox avec Ice Age, la Warner avec Happy Feet… Suivant le modèle Disney-Pixar, ces succès sont en réalité produits dans des studios indépendants qui deviennent partenaires privilégiés des majors. C’est aujourd’hui au tour d’Universal d’entrer dans la danse, avec Despicable Me. Son partenaire s’appelle Macguff Ligne, et il est français!

« Nous avions le luxe de chercher. Nous avons voyagé dans le monde entier, mais nulle part ailleurs nous n’avons trouvé à la fois les outils et les talents que nous recherchions », explique la productrice Janet Healy ( Gang de requins). Et des talents, il en faut puisque le film sortira en 3D, ce qui signifie que chaque plan est en vérité filmé sous deux angles différents. C’est presque comme réaliser deux films puisque tout est à créer. Ou plutôt, un film et demi. En effet, chaque décor, ses trois dimensions et ses moindres détails, existent dans les disques durs de Macguff, comme un décor réel. Les réalisateurs peuvent alors poser leur caméra où ils le désirent. Ensuite, aux quelque 200 animateurs de donner deux fois vie aux personnages, mais aussi à la lumière, aux tissus, à l’eau, à la fumée, aux feuilles d’arbres… Autant d’éléments pour lesquels il faut en outre décider du niveau de réalisme à appliquer.

Face à une telle exigence technique, le risque est de négliger l’ingrédient crucial d’un film réussi: une bonne histoire. Les scénaristes Ken Daurio et Cinco Paul ( Horton) ont au moins un concept prometteur. « L’idée de base c’est qu’un méchant à la Goldfinger soit obligé d’adopter trois petites fillettes pour accomplir l’un de ses plans. Le méchant passionne toujours les spectateurs, mais en faire un personnage principal est un challenge, car il faut tout de même qu’on puisse s’identifier à lui. De là est venue l’idée d’en faire un méchant old-school qui est dépassé par un rival plus jeune et plus moderne. Cela attire immédiatement la sympathie! Quant à son but, il est à la fois grandiloquent et inoffensif: il veut voler la lune! »

Trouver sa voix

Ce personnage gentiment ambigu s’appelle Gru et, vous l’aurez deviné, il va apprendre l’amour au contact des fillettes. C’est Steve Carrel qui lui prête sa voix, usant d’un accent vaguement est-européen – comme un méchant hollywoodien sur deux récemment.

Et la promo du film compte bien, sur le modèle de Shrek, exploiter le nom de l’humoriste, très populaire aux USA. « C’est vrai que le casting des voix attire plus l’attention que l’animation, mais tant que ça donne envie aux spectateurs de rentrer dans la salle, ça me va! », concède de mauvaise grâce le réalisateur américain Chris Renaud. Son alter ego français, Pierre Coffin, prend le relais. « Je suis prêt à défendre ce choix marketing car nos voix sont avant tout de grands comédiens et même s’ils travaillent beaucoup moins sur un film d’animation que sur un autre, ils nous donnent énormément. C’est sur leur performance vocale, qui est enregistrée avant tout le reste, qu’est bâtie toute l’animation. » Les Français pratiqueraient donc moins la langue de bois. A moins qu’ils ne la pratiquent plus habilement? Une leçon à méditer chez l’oncle Sam.

Matthieu Reynaert

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