Myriam Leroy
Myriam Leroy Journaliste, chroniqueuse, écrivain

22.00 LA UNE

D’ ERIC GUERET.

Le nucléaire est la seule activité humaine qui nous force à nous projeter des centaines de milliers d’années dans le futur. En conclusion de ces 100 minutes dédiées à la gestion des déchets radioactifs, Bernard Bigot, haut commissaire à l’énergie atomique en France, lâche avec un sourire: « Ecrire l’avenir, cela impose de faire confiance! » Un peu court. Confiance à qui? A quoi? Aux ingénieurs, militaires et industriels qui ont développé la technologie nucélaire et la maintiennent en vie sans, comme l’indique manifestement ce reportage, s’inquiéter du devenir de ses résidus? Voilà qui fait peur. Anne Lauvergeon, présidente du directoire d’Areva (groupe industriel français spécialisé dans les métiers de l’énergie – notamment nucléaire) ouvre justement le documentaire avec ces réflexions, qu’elle veut apaisantes: « Les peurs, les émotions font partie des choses que le monde du nucléaire n’a pas assez entendues [… ] Nous pensons que les gens ont le droit de savoir, d’avoir des peurs et de pouvoir en débattre. » C’est dit. Mais dans la réalité, l’omerta est souvent de la partie. Eric Gueret a mené l’enquête à travers le monde pour savoir comment étaient gérés les déchets nucléaires et se pencher sur la question de leur dangerosité pour la population.

Première escale à Amsterdam, au siège international de Greenpeace. L’ONG est l’auteure d’images absolument édifiantes, tournées en 2000 dans les eaux territoriales britanniques, près des îles anglo-normandes des Casquets. Des fonds marins tapissés de barils métalliques aux flancs crevés, fûts qui contenaient jadis des résidus radioactifs. Quand on sait que ceux-ci peuvent entraîner maladies, cancers et anomalies génétiques et que leur dangerosité peut durer des centaines de milliers d’années…

UNE ENQUête minutieuse

Selon les chiffres de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique, en moins de 50 ans, les pays nucléarisés ont balancé plus de 100 000 tonnes de déchets dans les océans. En 1993, toutefois, un traité de l’ONU a interdit l’immersion en mer de ces déchets. L’immersion par bateau, s’entend. Parce que certaines entreprises actives dans le secteur déversent toujours allégrement leurs crasses dans l’eau via des conduites terrestres. Ce film nous le montre. Tout comme il expose le désarroi des populations russes qui subissent encore aujourd’hui les conséquences de l’accident de Mayak, survenu le 29 septembre 1957 – un Tchernobyl avant l’heure. Il nous emmène sur le premier site nucléaire mondial, dans le désert de Washington, où les familles jouaient jadis dans une rivière poubelle sans se douter du mal qui allait les ronger. Bien entendu, il donne aussi la parole à la défense… Peu crédible, ou en tout cas présentée comme telle. Une enquête minutieuse, fouillée, rigoureuse, mais malheureusement un peu lente et laborieuse.

Myriam Leroy

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