Julien Broquet
Julien Broquet Journaliste musique et télé

The Kids are Alright – Les Cold War Kids passent le cap du 2e album sans encombre et s’offrent même quelques fulgurances.

« Loyalty to loyalty »

Distribué par Cooperative Music/V2.

Quand on est au-dessus du lot, on peut se passer de prétention, de dédain et de déclarations tapageuses. Véritables bêtes de scène (ils l’ont encore démontré sur l’impersonnelle Main stage du dernier Pukkelpop), les Cold War Kids laissent la musique parler pour eux. Eux, les petits Californiens de Long Beach qui ont effectué leur percée dans l’industrie avec un solide premier album certes, mais surtout grâce à des concerts tendus, intenses et habités. Si leur chanteur Nathan Willett a un jour comparé son écriture à celle d’un journaliste, les Enfants de la guerre froide ne sont guère du genre à faire la Une des quotidiens. Du moins pas pour de mauvaises et « people » raisons. Sur Robbers & Cowards, le premier disque de sa clique, le grand taciturne contait la banalité quotidienne à la manière d’un Tom Waits, d’un Johnny Cash ou d’un Lou Reed. Aujourd’hui, il se considère davantage comme un critique, un éditorialiste.  » Mes textes font davantage référence à des événements contemporains. Notre premier album était fort narratif. Intemporel. J’ai ressenti le besoin de raconter des choses qui peuvent sembler plus risquées. De me mouiller. De m’inscrire davantage dans notre époque. Après deux ans à tourner, à interpréter les mêmes chansons, nous devions trouver de nouvelles choses à transmettre et une nouvelle manière de les dire. Nous devions nous surprendre, oser pour éviter de nous répéter.  »

Si dans la forme, ils restent fidèles à eux-mêmes, à la voix haut perchée de Nathan, au piano nerveux, à la tension dramatique qui souffle sur leurs compositions, les Kids ont changé dans le fond. Désormais, ils chantent les suicidaires qui se jettent du pont le plus célèbre des Etats-Unis( Golden Gate Jumpers), s’interrogent sur la perception qu’ont les médias, leurs amis et la population du terrorisme et des grandes catastrophes naturelles. Pour tout dire, les Cold War Kids ont intitulé leur disque Loyalty to Loyalty en hommage à Josiah Royce.

Défi relevé

« Ce philosophe idéaliste américain du début du 19e a établi une opposition entre celui qui fait tout pour obtenir le pouvoir, le succès, et celui qui demeure loyalement fidèle à une cause. Il a opposé les valeurs égoïstes et les valeurs désintéressées. Il estimait que l’homme en quête d’absolu doit trouver la joie auprès de ses semblables et se montrer loyal. Pas seulement loyal envers son pays et sa femme mais loyal envers la loyauté. Chose qu’il considère comme le plus haut défi de l’humanité.  »

Défi relevé par nos amis américains jusque dans leur mode de fonctionnement.  » Nous fonctionnons de manière très démocratique et tout chez nous, des paroles au moindre riff, est soumis à l’aval du groupe.  » Même si les titres les plus enlevés de leur plaque comme le single Something is not right with me correspondent à ses moments les plus brillants, le second album (souvent considéré comme le plus difficile) des CWK tient la route. Une route qu’ils reprendront rapidement pour une longue tournée mondiale s’arrêtant à l’Ancienne Belgique le 9 novembre. Dix-sept ans après l’effondrement de l’URSS, les enfants de la guerre froide semblent avoir digéré leur époque.

www.myspace.com/coldwarkids

Julien Broquet

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