Michel Verlinden
Michel Verlinden Journaliste

LA PHOTO ROCK AGIT COMME UNE GOMME: LE PHOTOGRAPHE DISPARAÎT DERRIÈRE L’ICÔNE. UNE RÈGLE QUI NE S’APPLIQUE PAS AU TRAVAIL DE KEVIN WESTENBERG.

Kevin Westenberg

INGRID DEUSS GALLERY, 11, PROVINCIESTRAAT, À 2018 ANVERS. JUSQU’AU 20/06.

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Trop souvent, la carrière d’un photographe ayant passé sa vie à shooter les « celebs » se réduit au générique de toutes les stars qu’il a eu la chance d’avoir dans le viseur. Conséquence logique? Il se fait oublier, il disparaît de la circulation. Une vie de parasite nourrie de la gloire des autres… Cela fait 25 ans que Kevin Westenberg explore les facettes de ce métier redoutable. On peut facilement dresser la liste de ceux qui ont posé pour lui -B.B. King, Radiohead, White Stripes, Björk, Nirvana, Jeff Buckley, Nine Inch Nails, Stone Roses, The Pixies, The Black Keys, U2, R.E.M., Black Sabbath, Massive Attack, Spiritualized…- mais elle n’est jamais exhaustive tant il est sollicité. En clair, rien que du lourd. Pourtant, Westenberg est l’un des rares à avoir su résister à l’effacement programmé qui le guettait. Et pour cause, cet Américain installé à Londres est entré en photographie après avoir obtenu un diplôme d’architecture -heureusement, il ne se voyait pas terminer sa vie derrière un ordinateur. Ce background va lui fournir un sens inouï de la lumière et de l’espace qui permettront à ses images de se distinguer par une intense cohérence. Un cliché en témoigne à lui seul. C’est un portrait de Jarvis Cocker. L’image se dessine entre noir et blanc, lumière et obscurité. On entrevoit le leader de Pulp, tête tournée vers le ciel, devant l’entrée des artistes de l’Olympia. Au-dessus de lui, les lettres rétroéclairées d’une enseigne dessinent un cadre extrêmement graphique, tandis que plusieurs autres sources lumineuses contribuent à faire de cette photographie une composition clair-obscur digne d’un peintre. Le coup de force? L’oeil ne distingue pas vraiment le visage du chanteur mais l’on sait, l’on sent, immédiatement que c’est lui. Tout l’environnement contribue à définir le personnage.

Contact et accident

Si les clichés qui portent la patte Westenberg sont incroyablement construits, il n’en va pas de même pour la partie relations humaines de son approche. L’homme fonctionne au feeling, privilégiant les contacts directs avec les stars qu’il immortalise. Le sujet, le photographe et l’appareil, telle est la sainte trinité selon Kevin Westenberg. Humble, l’Américain forge des liens vrais -ce n’est pas Sean Penn qui dira le contraire dans la mesure où le photographe compte parmi la poignée de privilégiés autorisés à le photographier- qui vont souvent au-delà du shooting. Dans la foulée, il aime se laisser porter par le hasard. Ainsi des Anversois de Triggerfinger dont il a fait la connaissance par le biais d’une vendeuse de chez Dries Van Noten. Un autre point crucial pour comprendre l’approche de Westenberg est le fait qu’il soit autodidacte et qu’il se soit construit dans le contexte de la presse musicale façon New Musical Express et Melody Maker. La technique? Elle n’a jamais été déterminante pour lui qui a toujours avoué s’être laissé guider par une certaine innocence en la matière. Ajoutant également qu’une telle démarche ne serait plus possible aujourd’hui.

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