Michel Verlinden
Michel Verlinden Journaliste

« QUELLE CONNERIE LA GUERRE!« , DISAIT PRÉVERT. VRAIMENT? UNE EXPO AU LOUVRE-LENS MONTRE LE CARACTÈRE ÉQUIVOQUE DE LA RELATION QUE L’HOMME ENTRETIENT AVEC LE PIRE.

Les Désastres de la guerre

MUSÉE DU LOUVRE-LENS, 99, RUE PAUL BERT, À 62 300 LENS. DU 28/05 AU 06/10.

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Dans Les Contemplations, Victor Hugo écrivait ceci: « Je sais qu’il est d’usage / D’aller en tous lieux criant / Que l’homme est d’autant plus sage / Qu’il rêve plus de néant/ D’applaudir la grandeur noire / Les héros, le fer qui luit / Et la guerre, cette gloire / Qu’on fait avec de la nuit. » Anticipant en vers ce que Freud n’allait pas tarder à conceptualiser sous forme d’essai -entre autres dans Au-delà du principe de plaisir en 1920. Il s’agit bien de la fameuse « pulsion de mort » qui vise à « réduire à néant, détruire, ramener le vivant à un état antérieur anorganique » et résonne au plus profond de nous. Loin de susciter uniquement l’effroi, elle n’en finit pas de fasciner. Raison pour laquelle il est difficile de ne voir qu’une condamnation sans appel dans le cortège des expositions qui célèbrent les 100 ans de la Grande Guerre. C’est un fait, l’horreur et le chaos nous magnétisent de façon irrépressible autant que les artistes prompts à tremper leur pinceau au coeur de ces orages humains. Forte d’un propos élargi, l’exposition Les Désastres de la guerre entend montrer pourquoi nous préférerions la paix à la guerre. Il faudrait y voir l’action des artistes qui auraient contribué au « mouvement de désenchantement face à la guerre » développé à partir du début du XIXe siècle. Qu’il nous soit permis ici d’en douter. Certes, dès 1800, de nombreux peintres et sculpteurs ne se sont pas privés pour montrer les aspects les moins reluisants des conflits, jusque dans leurs conséquences les plus atroces sur les êtres humains, la nature, les animaux et les choses. Il reste que personne n’est assez naïf pour croire que la violence y aurait perdu quoi que ce soit de son pouvoir de fascination.

Chronologie de l’horreur

Nous sommes, et resterons pour un moment encore, des primates hiérarchiques avec tout ce que cela comporte de dangerosité. Gratté ce vernis de bonne conscience, il n’en reste pas moins que l’événement mérite que l’on s’y attarde. Par l’ampleur du champ traumatique qu’il couvre, Les Désastres de la guerre permet un aperçu assez unique de l’inscription de la barbarie dans l’Histoire de l’art, qu’il s’agisse de sculpture, peinture, vidéo, cinéma ou gravure. A travers 450 oeuvres sur tous les supports provenant de 200 artistes différents, l’événement explore plus de deux siècles de conflits -des guerres napoléoniennes aux guerres actuelles, en passant par la Commune de Paris- avec une grande rigueur chronologique. De Félix Vallotton à Picasso, de Goya à Combas, de Richter à Villeglé, l’oeil s’arrête sur les « tournants visuels » remarquables dans l’art de rendre compte de l’horreur. En douze séquences, le visiteur comprend à quel point « chaque conflit génère un monde d’images inédites, au fur et à mesure que s’intensifient la massification et le rôle de la machine« . Seule triste certitude dans cette escalade de l’horreur: à chaque fois les populations civiles sont toujours un peu plus visées.

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