Philippe Cornet
Philippe Cornet Journaliste musique

Le roi du pétrole – À l’automne 2008, Bashung donne 6 concerts à l’Elysée Montmartre. Ce testament live prouve qu’il était bien le plus brillant rocker jamais issu de la scène française.

Double CD « Dimanches à l’Elysée »

Distribué par Universal.

« Je vous souhaite la force et la tendresse »: c’est par ces mots susurrés dans le micro qu’Alain Bashung entame son concert avant d’enchaîner le texte de Comme un Lego. Des accords de guitare acoustique, bientôt rejoints par de longues enfilades en torsions électriques, viennent alors lécher la voix de Bashung, minérale, déterminée, généreuse. Assez vite, dans cet imposant moment de 9 minutes 45 secondes, la carcasse entière du groupe réduit – basse, batterie, guitare, violoncelle – se referme sur la chanson, la protège en même temps qu’elle la propulse vers le meilleur. Souvent, par le passé, ce sont les claviers qui ont garanti le caractère aérien des concerts bashungiens, mais en leur absence, les autres instruments servent de planeurs. Le son, clair et puissant, est monté sur des lignes de fuite fluides, mais s’offre de brusques éruptions, comme dans Hier à Sousse ou le marécageux Samuel Hall, dévissé en multiples tsunamis sonores. La guitare carnassière et particulièrement inspirée de Yann Péchin sent peut-être que c’est son dernier tour de piste avec Alain: elle est manifestement en état de grâce, justement lyrique. Quand Bashung enregistre ce disque fin 2008 lors d’une série de concerts parisiens, il se sait en sursis d’un cancer du poumon. Bravant la fatigue, la chimio et le crabe, il veut ces représentations à la hauteur du panache intégral de sa carrière. Pas de demi-mesure comme on l’entend dans l’incroyable version abrasive de Volontaire où il hurle – littéralement -, ou dans les paroles claustros de Samuel Hall qui semblent renvoyer le performer à ce qu’il vit là, de souffrance et, peut-être, de terreur intime. On dit qu’il allait respirer de l’oxygène hors scène, entre les morceaux, pour tenir le coup. Mais le champ vocal de ce disque se consume plutôt d’un hélium gonflant la veine des chansons, les amenant à leur meilleure érection, face au désir manifeste du public. Malgré les circonstances de la maladie, Bashung ne lui abandonne pas un grain de dignité, pas un millimètre de l’intensité qui définit sa maison musicale.

Vertiges de l’amour

Le double CD reprend 5 morceaux de Bleu pétrole et zappe dans un répertoire de 30 ans. Il met le feu aux classiques: les siens ( La nuit je mens, Madame rêve, Vertige de l’amour, introduit comme  » un objet préhistorique ») et ceux des autres (sublime Nights In White Satin, Everybody’s Talking du film Macadam Cowboy). A une reprise, il mixe même les deux, entamant seul à la guitare Blowin ‘In The Wind avant de céder à l’interprétation commune de l’imparable Osez Joséphine. Quand se terminent, sur les accords solitaires des Moody Blues, ces quasi deux heures de musique intense, charnelle et novatrice, on sait que tout cela n’arrivera plus et on en éprouve une vraie tristesse.

À noter également la sortie du DVD Bashung à

l’Olympia ( Universal).

Philippe Cornet

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