Philippe Cornet
Philippe Cornet Journaliste musique

LE SURVIVANT… – Un album normal d’Al Green, c’est quand même un grand disque. Croix de bois, croix de fer, s’il ment, Green n’ira pas en enfer. »Lay It Down »

Distribué par Blue Note/EMI.

Faut entendre comment il rigole, le révérend survivant ( voir encadré), dans la plage d’ouverture soul-gospel: au milieu d’un océan de cordes en pleurs, sur une grosse basse au flow sensuel, les breaks noueux tout occupés à tricoter leur mélodrame, Al se marre. De ce genre de rire qu’on lâche quand on est content de soi. Faut aussi dire que sa vieille voix toute engloutie de miel sirupeux, tient drôlement bien la route. Ce n’est plus seulement une voix d’ailleurs mais plutôt une montée vers le Golgotha, une offrande proposée à notre époque de rustres athées que le Révérend Green adorerait remettre sur la seule et unique voie valide, la Divine. Il pourrait s’y prendre à coups de lattes, il le ferait volontiers mais son truc à lui, c’est la vocalise. Et malgré les soixante-deux printemps, ou à cause d’eux, il n’a jamais aussi bien chanté. C’est dire sa capacité à moduler l’approche du silence comme de la plus haute note, à la manière d’une déclaration sur la prochaine Troisième Guerre Mondiale: aucune place pour la demi-mesure. En cela, Green est archi-américain, typique de cette civilisation qui adore tout ce qui fait du bruit et prend de la place.

ET LA LUMIèRE FUT

Al est le Hummer de la soul, un tout terrain vorace dont le talent suprême consiste à vous faire croire que le bitume est toujours nickel même s’il passe au-dessus de bombes à fragmentations. C’est la Grande Illusion en onze chansons. D’autant mieux roulée que l’album est produit non pas par son vieux comparse Willie Mitchell mais par deux admirateurs contemporains de la Old School: le batteur de The Roots et le claviériste James Poyser, célébré pour son travail avec E. Badu et Common. Si Green invite les plutôt talentueux Corinne Bailey Rae et John Legend, c’est peut-être pour faire plaisir à la compagnie de disques. Ou alors, en vieux retors qu’il est, pour montrer qu’il a tellement de soul que nulle compagnie (vocale) ne saurait l’égaler. On peut gloser sur les chansons, les textes romantico-croyants, les coups de pompes des cuivres ou ces cascades de cordes peut-être cent fois entendus, mais quand Al Green commence à chanter, quelque chose se passe, la lumière de la pièce change, l’air ambiant se dilate. Un ange passe. Tout cela, sans prendre d’alcool ou de drogue, comme quoi le Al Green est aussi un bon produit pour la santé…

www.algreenmusic.com

PHILIPPE CORNET

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