Louis Danvers
Louis Danvers Journaliste cinéma

Le Japon de Yoshida – Troisième larron de la Nouvelle Vague japonaise avec Oshima et Imamura, Kijû Yoshida voit son ouvre singulière revenir en DVD. Une redécouverte utile!

Son fulgurant Eros + massacre de 1969 reste un des films phares du cinéma japonais des années 60, décennie marquée par l’avènement des jeunes auteurs de la Nouvelle Vague locale. Moins connu internationalement que ses pairs et contemporains Nagisa Oshima (né en 1932) et Shohei Imamura (né en 1926), Yoshishige Yoshida (né en 1933) n’en conserve pas moins une réelle importance dans l’évolution du 7e art nippon. Sept de ses films sont aujourd’hui rassemblés sur cinq DVD, dans le cadre de l’édition de ses £uvres complètes par les Français de Carlotta. Les réalisations les plus anciennes sont aussi les plus radicales, et cristallisent d’impressionnante façon la démarche d’un créateur ambitieux, maître souverain de la forme et posant des interrogations existentielles, politiques et artistiques. Les pérégrinations d’un architecte japonais en Europe où il rencontre une compatriote exilée ( Adieu, clarté d’été), une intrigue mêlant vie intime et engagement révolutionnaire ( Purgatoire Eroica), une mise en abîme du métier de comédienne ( Aveux, théories, actrices) et l’assassinat d’un grand patron par un jeune terroriste au début des années 20 ( Coup d’état) offrent à Yoshida autant d’occasions d’exprimer son inventivité stylistique et ses réflexions de penseur exigeant. Découpage brillant, cadres dans le cadre, utilisation du hors champ, jeux de l’ombre et de la lumière, déambulations dans une architecture déshumanisante, servent un propos qui rejoint volontiers celui d’Antonioni et de son cinéma de la disparition, de l’incommunicabilité. Parfois bavard et pas trop intellectuel, ce cinéma-là n’en manque pas pour autant de force, et ses paradoxes s’avèrent encore souvent féconds aujourd’hui. L’omniprésence de la magnifique Mariko Okada ( voir notre encadré) mène de cette époque de jeunesse aux films de la maturité, où l’actrice fait briller un Femmes en miroir liant les destins de trois générations féminines. Mais plus que la transposition médiévale des Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë, c’est la bouleversante évocation de l’euthanasie des personnes âgées dans Promesse qui recueille l’attention dans la filmographie plus récente du captivant Yoshida.

Louis Danvers

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