Myriam Leroy
Myriam Leroy Journaliste, chroniqueuse, écrivain

Touch my car a prouvé que tout était matière à émissions de télé. Alors nous nous y mettons nous aussi.

ça y est, c’est fait, il est  » entré dans l’histoire de la télé-réalité en Belgique« , comme l’a écrit un site spécialisé: Maxime, 18 ans, est le grand vainqueur de Touch my car. Principe de l’émission mise sur orbite par Plug RTL, qui lui a consacré un large temps d’antenne: 15 candidats qui touchent une bagnole, le dernier à se cramponer à la carrosserie remporte le bolide. Maxime a tenu le coup 61 heures et 52 minutes la main sur le capot de la Fiesta -voiture pour laquelle ce jeu éphémère était une pub à peine déguisée. Comme Benjamin Castaldi estime que Secret Story  » a une mission sociologique indéniable, il nous renseigne sur notre jeunesse« , nous pensons que Touch my car a une mission culturelle puisqu’il nous renseigne sur l’état de la créativité médiatique en Communauté française. C’est ça qui est beau avec l’audiovisuel belge: avec trois francs six sous, il peut nous bidouiller de petits bijoux, des concepts qui font notre renommée ailleurs et nous divertissent ici. Pas besoin d’argent quand on a des idées. Encore faut-il en avoir. Profitons donc de l’espace qui nous est dévolu ici pour proposer à nos chaînes de télévision quelques concepts assurément rémunérateurs et provoquant une forte accoutumance.

Touch my body: Imaginez un speed dating cathodique comme il y en a tant sur les chaînes musicales ( Dismissed, Next, Tila Tequila, célib et bi…), une quinzaine de candidats convoitant une belle (ou un beau). La main sur le sein (ou ailleurs). Le dernier qui lâche prise remporte le beau petit lot, et le droit de lui infliger sa cour. Le tout sur l’air de la chanson langoureuse éponyme de Mariah Carey, pour stimuler les libidos. L’alliance magique du sexe et de la compétition. Un futur carton.

Touch my baby: Sur un plateau télé, une quinzaine de couples infertiles. Et un bébé John Doe, orphelin ou abandonné. Cette fois, c’est le doigt qu’on pose sur la peau du nourrisson (on n’est pas des barbares, quand même). Et c’est avec une famille qu’on repart à la maison, en cas de victoire. Toute la dramaturgie étant axée sur l’amour, le manque, le sacrifice. L’union sacrée de l’émotion et de la compétition… Ça fait rêver.

Touch my kidney: 15 candidats à la transplantation rénale gantés de plastique stérile, un seul organe disponible. Quand la mort s’invite à l’écran, c’est toujours un succès (cf. décès à la télé en direct ou presque de la starlette anglaise Jade Goody, atteinte d’un cancer). Du Grey’s Anatomy en plus intense.

Touch my employment contract: super mode, en cette période d’austérité économique. Une société qui licencie. Allez, quinze d’un coup. Et puis non, il reste de quoi payer un employé. Le plus motivé, cela va sans dire. Voilà un entretien d’embauche d’un genre nouveau, qui permettra de jauger de l’esprit de compétition, de l’endurance et de la résistance au stress de la recrue.

Toute ressemblance avec des programmes existants, ayant existé ou bientôt sur antenne n’est peut-être pas purement fortuite. Intéressé par ces nouveaux formats low cost mais pas low émotion? Ecrire au bureau du magazine, qui fera suivre.

de Myriam Leroy

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