Critique | Livres

La BD de la semaine: Retour à zéro, de Thierry Smolderen et Laurent Bourlaud

Retour à zéro © Éditions Ankama
Colin Bouchat Journaliste BD

SCIENCE-FICTION | À l’heure où le manga envahit la SF et où le « pulp » fait une tonitruante percée dans le comics francophone, une maison d’édition française se souvient…

La BD de la semaine: Retour à zéro, de Thierry Smolderen et Laurent Bourlaud

Shootées aux films de Robert Rodriguez et boostées par les héros populaires de la Lucha Libre, les éditions Ankama se sont spécialisées dans un genre peu connu de ce côté-ci du Rio Atlantico: le pulp mexicain. Il y est bien souvent question de guerre entre narcotrafiquants et héros masqués, bedonnants et huilés. Dans un autre registre, la maison édite aussi des récits façon manga gothico-steampunk où de généreuses lolitas nippones se retrouvent aux prises avec des créatures venues de l’au-delà. Le tout dessiné par une joyeuse bande d’auteurs nés pendant la révolution manga de la fin des années 80. Mais pas oublieuses du passé, les mêmes éditions Ankama ont lancé une collection de BD au format classique qui rend hommage aux auteurs de science-fiction qui ont fait rêver les grands-parents de leurs lecteurs de base. Pour être plus précis, elles se sont concentrées sur l’écrivain de SF mondialement connu: le mythique Stefan Wul, qui avait déjà fait l’objet d’adaptations en dessins animés par René Laloux, Roland Topor et Moebius.

Le Bauhaus sur la lune

Pour cette déjà 7e adaptation, c’est Laurent Bourlaud et Thierry Smolderen qui s’y collent. Paradoxalement, c’est en partie grâce à ce même Smolderen que le manga est arrivé en francophonie. La légende voudrait en effet que, de retour d’un voyage au Japon, ce dernier aurait rapporté ces petits fascicules noirs et blancs, les aurait montrés à un libraire et éditeur bruxellois, Yves Schlirf, et que celui-ci, vachement emballé, aurait créé dans la foulée les éditions Kana avec le succès que l’on connaît. Fin de la parenthèse. Or donc, voilà le premier roman de Wul adapté. Nous sommes en 1956 et ce roman (écrit suite à un pari avec sa femme, déçue par un roman d’anticipation qu’elle venait de terminer) est très influencé par ce qui se faisait dans les années 20 et 30: il s’agit d’une histoire assez naïve d’espion terrien envoyé sur la lune pour infiltrer la civilisation sélène issue d’anciens criminels terriens. Sur la forme par contre, le bouquin est un véritable O.G.N.I. (Objet Graphique Non Identifié). Dans la postface, les auteurs expliquent qu’ils se sont basés pour leur charte graphique sur des films expressionnistes russes, sur les couvertures de romans de gare des années 50 ainsi que sur des reportages journalistiques de la fin du XIXe siècle. A cela, on pourrait rajouter Fernand Léger pour les couleurs et les dégradés de noirs mais aussi le Bauhaus pour ses costumes de théâtre. Une alchimie qui fonctionne finalement très bien…

  • RETOUR À ZÉRO, DE THIERRY SMOLDEREN & LAURENT BOURLAUD D’APRÈS STEFAN WUL, ÉDITIONS ANKAMA, 70 PAGES.

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