Le livre de la semaine: GPS, de Lucie Rico

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© H.Bamberger

Lucie Rico, Editions P.O.L.

GPS

224 pages

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© National
Anne-Lise Remacle Journaliste

Deuxième roman de la très futée Lucie Rico, GPS est autant un chassé- croisé policier numérique qu’une quête de soi vouée à l’égarement.

Née la tête à l’envers, du genre à se laisser emporter par ses élucubrations, souvent en proie à de la panique sociale, Ariane est dans un couple sous asphyxie avec Antoine, et sa carrière de journaliste de faits divers est au point mort. L’unique balise qu’elle ne remet guère en question est sa meilleure amie depuis le lycée (“j’appartiens à la ville où vit Sandrine et j’aime ma ville comme Sandrine, sans la comprendre ni la penser”). Invitée, en tant que future témoin, à célébrer les fiançailles de cette personne si chère avec John, la narratrice rechigne, se trouve des prétextes. Elle espère que son amie viendra l’extraire (comme si souvent) de sa glu existentielle, de ses cercles concentriques d’inquiétude. Mais la fiancée se contente de partager sa localisation, de “missionner [son] avatar numérique”, à savoir un gros point rouge mouvant. Finalement arrivée à bon port à la fête, Ariane se laisse charrier un peu malgré elle par la soirée gorgée d’alcool, de cocaïne et de faux-semblants. Aux petites heures, elle entrevoit Sandrine prendre la tangente sur son GPS, cette dernière n’ayant pas désactivé le repérage automatique. Les jours suivants, un faisceau d’indices semble indiquer qu’il est arrivé quelque chose de grave à la fuyarde… Mais qui, alors, s’agite derrière le point rouge?De tous les combats, collée devant l’écran” qui déploie pour elle de nouveaux possibles, la protagoniste jusque-là paumée se prend à ce jeu ambigu qui met à nu toutes ses insécurités (professionnelles comme personnelles) et les angles morts de son amitié obsessionnelle.

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Voie avec issue

Depuis Le Chant du poulet sous vide (2020) et son ambivalente tendresse envers les volatiles consommables (soudain pourvus d’une histoire), nous connaissons non seulement le sens impeccable du rythme de Lucie Rico, mais aussi sa capacité à s’insérer dans les zones poreuses ou inexplorées du contemporain. Ici, face à la quête d’Ariane -avec son appendice numérique en guise de seul fil de cordée pour s’extraire de son propre labyrinthe de confusion-, on songe parfois au personnage d’Eva dans le Blanès d’Hedwige Jeanmart, puisant dans la source de son déni (la disparition voire le deuil de son amour) un nouveau carburant à même de la faire dévier de sa voie trop rectiligne, d’injecter davantage de romanesque sur un territoire jusque-là érodé. “Tu aimes les drames des autres parce que toi, tu n’en as pas”, se dit Ariane, quand elle analyse sa fascination pour les faits divers sordides. En franchissant allègrement à chaque étape la juste distance dictée par la raison, en alignant des déductions saugrenues, la jeune femme en perte de repères choisit le camp de la littérature. Heureuses les fêlées car elles laissent passer la fiction… Et heureux les lecteurs d’avoir trouvé en Lucie Rico une autrice en parfaite maîtrise de l’humour doux-amer.

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