Camille de Toledo, au nom du frère

Camille de Toledo. © Tonatiuh Ambrosetti
Anne-Lise Remacle Journaliste

Dans le texte hybride Thésée, sa vie nouvelle, Camille de Toledo s’engouffre en tremblant dans les méandres d’une légende familiale trouée de deuils, à l’aune de plus vastes blessures.

Personnage poreux, capable d’accueillir autant les archives que le mythe, le Thésée du titre – vaisseau de fiction pour l’auteur – s’efforce de fuir, de Paris à Berlin, sa généalogie et un « continuum de désastres et d’effondrements ». Il est en quête de renaissance pour lui et ses enfants, et s’obstine à rester du côté de la vie. Mais c’est dans son corps même qu’il porte de façon saillante sa mémoire traumatique: son frère Jérôme s’est pendu en 2005, et leurs parents sont décédés peu de temps après. C’est en unique survivant contraint de mener l’enquête sur ce geste fatal que Toledo noue et dénoue son « orphelignage », explorant trois cartons emportés presque malgré lui dans sa tangente. La forme du livre prend alors en compte ce cheminement à rebrousse-poil, alignant photos, notes manuscrites et éclats poétiques, à la manière de l’auteur allemand Sebald. Transparaît, dans un manuscrit caché de 1937, la figure du fils d’un aïeul, Oved, obsédé par les généa- logies, mais aussi celles des juifs marranes charriant en héritage la dissimulation de leur identité vraie. Au centre d’une psychogénéalogie trouble qui s’esquisse, l’auteur vacille à la recherche de sens, bute sur la langue de l’exil, se perd et se trou(v)e dans le labyrinthe. Le lecteur, lui, s’inclinera face à la puissance hantée du texte.

Thésée, sa vie nouvelle, par Camille de Toledo, éd. Verdier, 256 p.
Thésée, sa vie nouvelle, par Camille de Toledo, éd. Verdier, 256 p.

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