En imaginant une exposition autour des jardins des enfers thaïlandais et autres peintures de fantômes sur kakemono, Julien Rousseau, conservateur des collections Asie du musée du Quai Branly-Jacques Chirac, avoue avoir répondu à la demande de Stéphane Martin, le président de l'institution, qui en a pressenti la nécessité. " Cette thématique traverse les différents pays d'Asie orientale et du Sud-Est, explique le commissaire d' Enfers et fantômes d'Asie. ...

En imaginant une exposition autour des jardins des enfers thaïlandais et autres peintures de fantômes sur kakemono, Julien Rousseau, conservateur des collections Asie du musée du Quai Branly-Jacques Chirac, avoue avoir répondu à la demande de Stéphane Martin, le président de l'institution, qui en a pressenti la nécessité. " Cette thématique traverse les différents pays d'Asie orientale et du Sud-Est, explique le commissaire d' Enfers et fantômes d'Asie. On la retrouve surtout au niveau des croyances populaires. Il s'agit d'une extraordinaire et inattendue porte d'entrée sur toute une série de cultures dont le grand public n'appréhende pas forcément la complexité et les contours. " Plutôt que de s'appuyer uniquement sur la richesse de ses collections, le musée du Quai Branly a misé sur un propos plus large en convoquant un large panel de prêteurs : le musée de l'Orient à Lisbonne, qui a consenti un prêt de 99 oeuvres de la collection Kwok On ; le musée national des arts asiatiques-Guimet à Paris ; la bibliothèque municipale de Versailles; ainsi que plusieurs prêteurs privés. Cinq oeuvres contemporaines ont été commandées, et acquises, dans la foulée de l'événement. On les doit à quatre artistes thaïlandais - Uttaporn Nimmalaikaew, Thanongsak Pakwan, Anupong Chantorn, Preecha Rachawong - et un plasticien nippon, Masato Shibuya. Loin d'être anecdotiques, celles-ci témoignent de la richesse et de la persistance de ce fond d'effroi au sein des mentalités actuelles. Il ne faudrait toutefois pas se méprendre sur la fonction de telles représentations. " Il y a quelque chose de très positif et de très humaniste dans ces histoires de fantômes, souligne Julien Rousseau. Il n'est pas seulement question d'effroi. Les spectres sont souvent là pour parler du monde des vivants. Ils sont comme des symptômes qui disent les maux de la société. Sans compter ceux, tels ces samouraïs en peine du théâtre Nô, qui sont totalement pacifiques. Ils évoluent parmi nous, juste pour ne pas sombrer dans l'oubli. Il s'agit d'une dimension très touchante. En travaillant sur cet accrochage, je me suis rendu compte que plus on connaît les fantômes, plus on les aime. "