L'un ou l'autre sont déjà passés à la télévision plus ou moins récemment. Ils racontent un reporter de guerre parti à Sarajevo voir ce qu'étaient devenus les enfants qu'il avait photographiés 25 ans plus tôt pendant le siège de la ville (Postwar Album), l'union d'un photographe mélomane et d'une musulmane pratiquante qui se radicalise (Radiographie d'une famille) ou encore le combat d'ouvriers d'un équipementier automobile dans la Creuse (On va tout péter)... C'est en ligne cette année que le Festival Millenium met jusqu'au 30 mai à l'honneur le festival documentaire. Pour 15 euros (4 la séance), les 62 films sélectionnés (les derniers seront disponibles à partir du 19/05) seront accessibles sur la plateforme Sooner. Tandis que Facebook accueillera des débats et la cérémonie de clôture...
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L'un ou l'autre sont déjà passés à la télévision plus ou moins récemment. Ils racontent un reporter de guerre parti à Sarajevo voir ce qu'étaient devenus les enfants qu'il avait photographiés 25 ans plus tôt pendant le siège de la ville (Postwar Album), l'union d'un photographe mélomane et d'une musulmane pratiquante qui se radicalise (Radiographie d'une famille) ou encore le combat d'ouvriers d'un équipementier automobile dans la Creuse (On va tout péter)... C'est en ligne cette année que le Festival Millenium met jusqu'au 30 mai à l'honneur le festival documentaire. Pour 15 euros (4 la séance), les 62 films sélectionnés (les derniers seront disponibles à partir du 19/05) seront accessibles sur la plateforme Sooner. Tandis que Facebook accueillera des débats et la cérémonie de clôture... D'Icemeltland Park, qui imagine l'effondrement de la banquise au Groenland comme un parc d'attraction, au Divorce de mes marrants, qui fouille avec jusqu'au-boutisme dans l'histoire familiale, en passant par A Man and a Camera, pour lequel Guido Hendrikx a filmé sans leur parler tous ceux qu'il rencontrait dans l'arrière-pays hollandais, Millenium propose des éclairages et des objets singuliers. Zoom sur trois films à l'affiche.Dans les années 80, quand le Chili était encore une dictature militaire, la société minière suédoise Boliden y a envoyé 20.000 tonnes de boues toxiques. Les déchets contenaient un haut niveau d'arsenic, de mercure et de plomb et ont en partie été déversés à la périphérie d'Arica, ville portuaire connue comme l'une des plus arides au monde. Cancers divers, malformations congénitales, douleurs dans les os et les articulations... Des centaines d'habitants, parmi lesquels de nombreux enfants, sont tombés malades dans la région. "Ask me no question, I'll tell you no lies" (c'est rare un film qui cite Johnny Thunders). Tel une version documentaire du Dark Waters de Todd Haynes dans lequel un avocat (Mark Ruffalo) poursuit en justice un géant de l'industrie chimique aux rejets toxiques, Arica retrace le combat de la population et d'un réalisateur né au Chili mais élevé en Suède où il a été adopté. Né d'un premier film (Toxic Playground) qui devait au départ être un projet de fin d'études et qui a mené à la procédure juridique, Arica retrace la plus grande affaire transnationale de responsabilité d'entreprise portée devant les tribunaux en Scandinavie. Il symbolise surtout l'indifférence crasse de toutes ces multinationales de pays développés qui font au-delà de leurs frontières ce qu'ils ne feraient jamais chez eux. "Leur apprendre à lire. Leur inculquer des valeurs humanistes. Leur montrer que le monde est plus grand. Qu'ils peuvent accomplir davantage qu'ils le pensent." Un à un, tel un souffle sur ses dernières illusions, Katya décolle les post-it scotchés sur son mur. En Russe, Hey! Teachers! (clin d'oeil à Pink Floyd) s'intitule Katya et Vasya vont à l'école. Katya et Vasya sont deux jeunes profs moscovites. Deux enseignants qui partent donner cours dans une petite ville industrielle de province. L'un comme l'autre espèrent faire évoluer les mentalités conservatrices de leurs élèves (leur apporter une éducation morale en quelque sorte) mais la tâche est compliquée dans un pays où l'homophobie, le sexisme et le nationalisme sont rois. "La moitié de ma classe est nationaliste", désespère la jeune femme en corrigeant ses copies. Katya est prof de russe et de littérature. Elle a dû se teindre les cheveux avant de prendre ses fonctions et peine à faire lire ses élèves. Vasya, qui leur apprend la géographie, tente une approche plus moderne et joue la carte des pédagogies actives mais éprouve lui aussi des difficultés à trouver ses marques. Yulia Vishnevets raconte l'enseignement dans un pays où les ados assemblent des armes sur de la musique sous les applaudissements et où les services de sécurité épient les comptes sur les réseaux sociaux. Un SDF originaire de Slovaquie et tout juste sorti de l'hosto, deux ouvriers qui bossent sur une palissade de jardin et une femme de ménage qui vient de perdre sa mère se retrouvent autour d'une table en plein Ramadan pour manger la nourriture préparée par une voisine musulmane voilée de la tête aux pieds. La scène est surréaliste et improbable. À l'image de ce Filmmaker's House, dans lequel Marc Isaacs prend plaisir à jouer sur la frontière entre la réalité, la fiction et la perception qu'on en a. Au XXIe siècle, sans crime, sans mort, sans sexe ou tueur en série, un film est difficile à vendre. A fortiori quand il parle de gens ordinaires. The Filmmaker's House, qui questionne l'hospitalité, est née d'une frustration par rapport à l'état de l'industrie du film documentaire et de la détermination d'un réalisateur à garder son indépendance. Convaincu que le financement de docu est depuis quelques années déterminé par le fait que les cinéastes acceptent de tourner les films que les investisseurs veulent qu'ils fassent (d'où tous ces crimes et ces pop stars mortes), Marc Isaacs regrette leur frilosité face à des oeuvres à la signature toute personnelle qui prennent des risques formels et thématiques. Après l'ascenseur (Lift), le wagon de train (Travellers) et les marches d'un palais de justice (Outside of a Court), c'est sa propre maison qui sert de décor à ce drôle de documentaire.