THE OTHER SIDE
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C'est l'Amérique de la misère. Celle des laissés-pour-compte, de la came bon marché, des clubs de strip-tease glauques où même les femmes enceintes se dénudent pour quelques dollars... On est en Louisiane. Mark et Lisa passent leurs journées à se défoncer. Quand il n'effectue pas quelques petits boulots chez un ferrailleur, Mark deale, fabrique lui-même son échappatoire, va jusqu'à fournir sa soeur et son neveu. Il a déjà passé deux ans et demi derrière les barreaux mais quand sa mère sera morte (elle souffre d'un cancer), il se rendra pour tirer les trois mois qu'il lui reste à purger. Le meilleur et sans doute même le seul moyen de se sevrer... Spécialiste de l'Amérique white trash, Roberto Minervini suit aussi sans juger une milice texane convaincue qu'une nouvelle révolution aura bientôt lieu aux États-Unis. Que l'ONU va débarquer. Et que la loi martiale sera bientôt déclarée... Un docu dur, cru, désespérant qui, pour le pire et le meilleur, montre la solidarité des plus fragiles. Prix du jury 2015 au festival du film grolandais... J.B.La presse et le public firent grand cas, au début des années 1930, du parricide et de la tentative de matricide commis par une jeune fille de 18 ans. Le crime et le procès de Violette Nozière suscitèrent un emballement médiatique extrême, et une controverse qu'alimenta l'opposition entre droite et gauche, tenants de l'ordre et pourfendeurs du patriarcat... Beau matériau, d'évidence, pour un Claude Chabrol au sommet de son art d'observateur pointu de la société bourgeoise et d'admirateur de femmes bravant les interdits. Le cinéaste trouve en Isabelle Huppert, 25 ans à l'époque, l'interprète idéale de Violette. Le jeu des comédiennes et comédiens donnant au film une crédibilité d'époque et de milieu dont Chabrol fait son miel, laissant voir une empathie à l'égard de la jeune criminelle tout en se gardant bien de lever les ambigus mystères qui perdurent encore, longtemps après les faits. L.D.Au printemps 2017, l'affaire chahute, déjà, les premiers pas d'Emmanuel Macron. L'usine de l'équipementier automobile GM&S dans la Creuse (277 salariés) est menacée de liquidation. Les ouvriers se mobilisent et occupent leur lieu de travail. Deux bonbonnes de gaz sont accrochées à une citerne barrée de l'inscription "On va tout péter". C'est le titre du documentaire réalisé par Lech Kowalski. Né de parents polonais rescapés du goulag, puis élevé aux États-Unis, l'ami des punks et des outsiders (Born to lose sur Johnny Thunders, DOA sur l'unique tournée des Sex Pistols aux USA) suit ici des résistants anonymes, héros d'un quotidien qu'ils espèrent ne pas devoir passer au chômage... Kowalski filme des hommes et des femmes à bout. Des gros costauds au bord des larmes. Des ouvriers qui luttent pour sauver ce qui peut l'être et conserver leur emploi... Après avoir occupé leur usine sans violence, sans casse mais avec une incroyable détermination, Jean-Marc, René, Vincent, Petit Lu et les autres vont bloquer les géants de l'automobile... Qu'est-ce que la révolution pour des consommateurs (ce que nous sommes tous)? Peuvent-ils se rebeller et créer du changement social? Les usines n'existent-elles que pour faire de l'argent? Et ce au détriment des gens et de l'environnement? Chronique d'une époque insensée au plus près du combat et de ceux qui l'ont mené. J.B."Tu as été une vraie merde. On t'a donné cette note juste pour tes beaux yeux." En finale des championnats du monde 2015 de gymnastique rythmique, Margarita Mamun, alors âgée de 19 ans, termine deuxième. Irina Viner, l'entraîneuse de l'équipe russe, lynche sans ménagement la jeune athlète. Viner est l'une des coaches les plus dures de l'ère soviétique et fait peser une pression incroyable sur les frêles épaules de ses protégées. "Elle doit bosser, bosser et bosser. Quitte à tomber dans les pommes." Ce documentaire montre les exigences du sport de haut niveau. Les sacrifices, la fatigue, la solitude. Mais aussi, ici, l'injustice, les humiliations, une violence verbale qui vire au harcèlement. Un film dont l'héroïne ne partage pas ses états d'âme mais qui en dit long. J.B. Comédie familiale qui dépeint de manière burlesque et amusée les drames et absurdités de l'existence, Life in Pieces entremêle de manière chorale quatre tracés de vie. Quatre destins que tout semble séparer mais dont la rencontre in fine réside ailleurs que dans une simple somme de coïncidences. Adeptes d'une gymnastique qui tente en permanence de lier le particulier et l'universel, les scénaristes détaillent les forces centrifuges et centripètes au sein d'une famille -qu'elle soit de sang ou d'élection d'ailleurs-, les sources de disputes, souvent intergénérationnelles, et les occasions de réconciliation, provenant la plupart du temps de la capacité de résilience des protagonistes. Au jeu de "tout le monde il est beau tout le monde il est gentil", les acteurs et actrices parviennent à glisser quelques éléments de perversité ou de failles dramatiques pour éviter à leurs personnages de sombrer dans la banalité. Les moments de comédie et les sursauts de folie ne manquent pas, mais la recette aura, pour les habitués des séries à haute teneur familiale, un solide air de déjà-vu. N.B.C'est un peu un croisement entre la gay pride et La Croisière s'amuse. Le Love Boat est le seul paquebot au monde réservé aux homosexuels. Ils sont près de 3 000 hommes à avoir embarqué pour ce trip hédoniste en Méditerranée. Il y a Dipankar, un Indien qui parle de mariage arrangé et a changé de vie, devenu conseiller clientèle à Dubaï. Ramzi, le Palestinien qui a fui la police homophobe de Gaza et est désormais employé administratif à Bruxelles. Ou encore Philippe, comptable lillois, bloqué dans son fauteuil roulant. Entre des mecs à moitié à poil déguisés en dobermans sadomasos et une course en hauts talons, ils parlent de coming out, de séropositivité, d'amis suicidés, évoquent les relations entre la religion et l'homosexualité. Drôle et grave, léger et profond, Dream Boat est le portrait, en immersion, d'une communauté encore et toujours marginalisée... J.B.