L'attente était forte. Peut-être trop. Pensez: Romain Duris, acteur star et générationnel par excellence, incarnant pour son premier rôle dans une série télévisée le Vernon Subutex de Virginie Despentes, l'anti-héros de sa trilogie éponyme et culte parue entre 2015 et 2017, et écoulée à plus de 300.000 exemplaires malgré son absence totale de concession! Dès l'annonce du projet, et surtout l'apparition des premières photos de l'acteur dans le rôle -barbu, hirsute, christique et lessivé sous son blouson, les yeux rougis par l'errance ou la drogue-, la salive montait à la bouche de beaucoup, et en particulier à tous ceux, nés dans les années 70, au sommet de leur jeunesse en 1995, qui comme Vernon le disquaire étaient "rentrés dans le monde du rock comme dans une cathédrale" au son des Thugs et des John Peel Sessions de la BBC, et qui avaient trouvé dans les romans crépusculaires et désenchantés de Despentes, l'écho de leurs propres parcours. Un récit fleuve, choral et sale, bourré de personnages forts et de références musicales, qui voit un homme chuté, passé du statut d'icône rock à celui de SDF, errant dans Paris, enterrant un peu plus à chacune de ses rencontres ses rêves déchus d'utopie collective, avant, au troisième et dernier tome de ce conte ultramoderne, de partir complètement en sucette en une figure christique bardée de quelques apôtres sans église et sans espoir.
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L'attente était forte. Peut-être trop. Pensez: Romain Duris, acteur star et générationnel par excellence, incarnant pour son premier rôle dans une série télévisée le Vernon Subutex de Virginie Despentes, l'anti-héros de sa trilogie éponyme et culte parue entre 2015 et 2017, et écoulée à plus de 300.000 exemplaires malgré son absence totale de concession! Dès l'annonce du projet, et surtout l'apparition des premières photos de l'acteur dans le rôle -barbu, hirsute, christique et lessivé sous son blouson, les yeux rougis par l'errance ou la drogue-, la salive montait à la bouche de beaucoup, et en particulier à tous ceux, nés dans les années 70, au sommet de leur jeunesse en 1995, qui comme Vernon le disquaire étaient "rentrés dans le monde du rock comme dans une cathédrale" au son des Thugs et des John Peel Sessions de la BBC, et qui avaient trouvé dans les romans crépusculaires et désenchantés de Despentes, l'écho de leurs propres parcours. Un récit fleuve, choral et sale, bourré de personnages forts et de références musicales, qui voit un homme chuté, passé du statut d'icône rock à celui de SDF, errant dans Paris, enterrant un peu plus à chacune de ses rencontres ses rêves déchus d'utopie collective, avant, au troisième et dernier tome de ce conte ultramoderne, de partir complètement en sucette en une figure christique bardée de quelques apôtres sans église et sans espoir. Quatre ans après la parution du premier Vernon Subutex et l'achat des droits d'adaptation par le département de création originale de Canal +, ce récit hautement subversif et ode à la contre-culture est devenu "une dramédie", dixit sa réalisatrice, plaisante et branchée, mais sans danger. "Et peut-être plus positive que les romans de Virginie. Au fond, il n'est pas moins heureux à la fin de son trajet qu'au départ, même s'il chute. C'est une figure christique qui s'élève vers une forme d'apaisement et qui avance, malgré tout, vers la lumière." Un biais d'ampleur par rapport aux romans autrement plus sombres, surtout vers la fin, qui s'explique en grande partie par la genèse et les partis pris de cette adaptation télé: "Quand nous avons acheté les droits, Virginie venait de publier le premier roman et écrivait le deuxième. La trame scénaristique s'inspire donc du tome 1, et de la première partie du tome 2." D'où, sans doute, ce petit goût d'inachevé, presque de trahison, qui pourtant n'enlève rien à la qualité de la production, des acteurs et de la bande son de cette série trop courte, et qui devrait séduire cette fois tous ceux qui n'ont pas lu avec passion les romans de Despentes. "Parler pour toute une génération, ça ne se refuse pas", explique la scénariste et réalisatrice de Vernon Subutex au moment d'ouvrir le grand raout de com' organisé il y a quelques semaines par Canal + à Paris -réunissant une dizaine d'acteurs et de producteurs de la série, se succédant en grappe devant le triple de journalistes, lesquels n'avaient pour la plupart pas encore pu visionner le moindre épisode (...). "Dans les romans, on entend la parole d'une génération, comme jamais. J'ai choisi (contrairement aux livres, NDLR) comme point de vue principal celui de Vernon. On se met dans ses pas, sa trajectoire, son rythme, sa musique et sa chute. Jeté à la rue, il va retrouver ses amis de l'époque plus ou moins embourbés dans leur vie d'adulte." Et ainsi brosser le portrait bourré de branchitude d'une génération de libertaires amochés -le dingue de rock devenu petit bourgeois, l'ex-junkie devenue amère et divorcée, l'insouciante devenue fonctionnaire, l'ex-actrice porno devenue un homme...- tous bouffés par la culpabilité de n'avoir pas tenu leurs promesses rock (vivre vite, mourir jeune) et désarmés dans ce monde désormais numérique où l'extrême-droite les menace autant que la radicalisation religieuse. Le tout sous le regard jamais amer de Vernon Subutex, à la fois conscience et âme damnée de cette petite communauté, qui lui se refuse à l'aigreur malgré sa longue descente. "J'ai accepté le rôle parce qu'il me faisait peur et que cette peur me donne souvent envie, explique un Romain Duris bref mais détendu. Il chute et ça va loin, mais il obtient aussi sa liberté; il y a une chute, mais elle est lumineuse, il devient plus humain, plus philosophe malgré sa déchéance. En matière de jeu, il y avait vraiment beaucoup à faire avec Vernon. Quant à l'idée d'incarner à moi seul toute une génération... Les journalistes me renvoient souvent cette impression, je l'entends, même si je remets, moi, tout en question à chaque projet. C'est vrai que j'ai retrouvé ici le décryptage d'une société assez proche de ce que j'aime chez Klapisch (dont il a été longtemps l'acteur fétiche, NDLR), mais ce que je renvoie n'est pas contrôlé de ma part. J'essaye d'embarquer une façon d'être si possible actuelle, contemporaine mais je ne pouvais en tout cas pas me baser là-dessus, sur cette charge générationnelle comme vous dites."Vernon Subutex restera en tout cas sa première série télé, et si elle n'est a priori pas destinée à connaître de deuxième saison (laquelle demanderait un dénouement autrement plus noir), l'acteur de L'Auberge espagnole ne s'interdit pas d'y regoûter: "Le format série ne changeait pas grand-chose, ça ressemblait fort au tournage d'un film qui n'a pas beaucoup d'argent" - seule sortie de la conférence de presse qui fera dire son contraire à Philippe Rebbot, autre acteur important de ce Vernon Subutex, plus habitué que lui aux petits films fauchés: "Moi j'ai eu l'impression inverse, comme si je participais à un film avec beaucoup d'argent!" Soit un budget de neuf millions d'euros pour neuf épisodes de 30 minutes, à suivre dès ce jeudi par les abonnés de Be TV.