2016 restera comme une année à marquer d'une pierre blanche pour Riz Ahmed, à l'affiche coup sur coup de Jason Bourne, Rogue One et de la mini-série HBO The Night Of . D'autres se seraient poussés du col à moins. Le comédien britannique affiche pour sa part une sérénité tranquille alors qu'on le retrouve dans les locaux du British Film Institute, en bord de Tamise, pour évoquer un parcours entamé il y a dix ans devant la caméra de Michael Winterbottom, avec The Road to Guantanamo, avant qu'il n'aligne les Four Lions, Reluctant Fundamentalist et autre Nightcrawler, en plus de divers emplois à la télévision, sans même parler d'une carrière dans le hip-hop menée sous le pseudo de Riz MC. Et d'observer d'entrée, alors qu'on le questionne sur cette effervescence soudaine: "Vu de l'extérieur, on a parfois l'impression que la carrière d'un acteur bascule sur un tournant. Mais si cela vaut pour certains, comme Michael Fassbender avec Hunger ou Carey Mulliganavec An Education, il n'en est rien le plus souvent: si l'on est chanceux, on peut s'incruster, acquérir une certaine consistance, travailler et, avec de la réussite, le reste suit. Je crois aussi qu'il faut veiller à toujours se renouveler. En particulier pour les acteurs issus de minorités qui ne rentrent pas dans les moules narratifs archétypaux."
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2016 restera comme une année à marquer d'une pierre blanche pour Riz Ahmed, à l'affiche coup sur coup de Jason Bourne, Rogue One et de la mini-série HBO The Night Of . D'autres se seraient poussés du col à moins. Le comédien britannique affiche pour sa part une sérénité tranquille alors qu'on le retrouve dans les locaux du British Film Institute, en bord de Tamise, pour évoquer un parcours entamé il y a dix ans devant la caméra de Michael Winterbottom, avec The Road to Guantanamo, avant qu'il n'aligne les Four Lions, Reluctant Fundamentalist et autre Nightcrawler, en plus de divers emplois à la télévision, sans même parler d'une carrière dans le hip-hop menée sous le pseudo de Riz MC. Et d'observer d'entrée, alors qu'on le questionne sur cette effervescence soudaine: "Vu de l'extérieur, on a parfois l'impression que la carrière d'un acteur bascule sur un tournant. Mais si cela vaut pour certains, comme Michael Fassbender avec Hunger ou Carey Mulliganavec An Education, il n'en est rien le plus souvent: si l'on est chanceux, on peut s'incruster, acquérir une certaine consistance, travailler et, avec de la réussite, le reste suit. Je crois aussi qu'il faut veiller à toujours se renouveler. En particulier pour les acteurs issus de minorités qui ne rentrent pas dans les moules narratifs archétypaux."Londonien issu de l'immigration pakistanaise, Ahmed, 35 ans en décembre prochain, a suivi un parcours atypique qui l'a conduit sur les bancs de l'université Christ Church d'Oxford, d'où il est ressorti diplômé en philosophie, politique et économie, avant d'intégrer la Central School of Speech and Drama, à l'université de Londres. Après quoi, il s'est épanoui entre la musique et l'art dramatique, auxquels il a encore ajouté récemment l'écriture et la mise en scène, signant avec Daytimer un premier court métrage en appelant d'autres. "Être présent sur plusieurs fronts crée une tension créative bénéfique, parce que cela vous oblige à ne vous consacrer qu'à des projets auxquels vous tenez vraiment. Je ne joue donc pas aussi souvent que je le pourrais ou le devrais, mais la musique et l'écriture sont des canaux d'expression tout aussi valables à mes yeux." Les cloisons entre les uns et les autres ne sont d'ailleurs pas toujours étanches: c'est au gré de ses recherches pour The Night Of que l'acteur-rappeur a fait la connaissance de Heems, son homologue du Queens, avec qui il a dans la foulée créé le duo The Swet Shop Boys. Ne lui en déplaise, The Night Of, la mini-série créée par Richard Price et Steven Zaillan, ressemble fort à un cap décisif dans sa carrière. Aux côtés d'un impérial John Turturro, Riz Ahmed y crève l'écran sous les traits de Nasir Khan, jeune étudiant new-yorkais d'origine pakistanaise qu'une virée d'un soir s'achevant en trou noir expédie sans ménagement dans les méandres du système judiciaire américain -comprenez en plein cauchemar. Pour préparer ce rôle, et notamment peaufiner son naturel et son accent, l'acteur est allé puiser à la source: "J'aime procéder en menant des interviews. Je rencontre beaucoup de gens, je les enregistre, et parfois je tombe sur quelqu'un qui peut représenter un bon point de départ. J'ai passé beaucoup de temps à Jackson Heights, dans le Queens, et notamment au contact de gens fréquentant un Youth Center baptisé SAYA, pour South Asian Youth Action. Les auteurs de la série étaient animés par un profond souci d'authenticité, voulaient refléter la réalité de la ville et j'adore, pour ma part, arpenter des univers qui me sont inconnus, à la recherche des détails qui font la personnalité de quelqu'un." Ses recherches ont également conduit Riz Ahmed à la prison de Rikers Island, où échoue son personnage, l'acteur veillant pour sa part à rencontrer un échantillon de personnes aux prises avec le système carcéral américain: détenus, bien sûr, mais aussi avocats, soutiens aux familles et autres. De son expérience de l'île-prison, l'acteur confie combien elle lui a ouvert les yeux par une accumulation de petites choses. "Un élément qui m'a frappé, à Rikers Island, c'est que tout le monde y est noir: les détenus, les gardiens, les policiers, sont tous noirs, sans exception. Je me suis plongé dans la problématique carcérale (...), et j'ai aussi pris la mesure du temps que pouvaient passer ces détenus en prison avant la tenue de leur procès. C'est à cette époque que l'on a parlé de l'histoire de Kalief Browder, un jeune homme ayant passé trois ans à Rikers dans l'attente d'un procès pour un crime qu'il n'avait pas commis, avec les cicatrices qu'il en a gardées. Le côté cruel des rouages de la justice est resté en moi." Vérité blême dont la série se fait d'ailleurs l'écho avec un luxe d'authenticité -"Richard Price, son auteur, parle d'un monde qu'il connaît sur le bout des doigts. Au terme d'une projection à New York, les spectateurs n'arrêtaient pas de me dire combien The Night Of leur semblait réaliste." À mille lieues, somme toute, de la saga Star Wars à laquelle il aura apporté sa contribution à la faveur de son spin-off, Rogue One. De la franchise imaginée par George Lucas, Ahmed concède avoir été amateur sans y être pour autant accro. "Je connaissais la mythologie, la ligne narrative d'ensemble et j'avais vu les films. Mais mon manque de familiarité avec l'univers de Star Wars m'a sans doute été utile: j'ai pu me consacrer à la réalité de chaque situation, sans avoir à supporter le poids écrasant des références." Histoire, comme toujours, de jouer juste...