Vanessa Kirby, il n'y en avait pratiquement que pour elle en septembre dernier à la Mostra de Venise. La comédienne britannique illuminait deux films - The World to Come, de Mona Fastvold, et Pieces of a Woman, de Kornél Mundruczó et Kata Wéber- d'une compétition qui la verrait repartir du Lido avec une coupe Volpi de la meilleure actrice que nul(le) n'aurait songé à lui contester. Pas mal pour le premier festival de cinéma majeur de celle qui confiait, au lendemain de son week-end stellaire, n'avoir, contrairement à beaucoup d'autres, pas hésité un instant à l'heure de rallier les bords de l'Adriatique: "J'étais convaincue de l'importance que revêtait la Mostra pour nous tous réunis ici, mais aussi pour le cinéma. Je suis profondément reconnaissante qu'elle ait pu se dérouler: pour des films comme ceux-ci, un festival représente une ligne de vie, c'est essentiel."
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Vanessa Kirby, il n'y en avait pratiquement que pour elle en septembre dernier à la Mostra de Venise. La comédienne britannique illuminait deux films - The World to Come, de Mona Fastvold, et Pieces of a Woman, de Kornél Mundruczó et Kata Wéber- d'une compétition qui la verrait repartir du Lido avec une coupe Volpi de la meilleure actrice que nul(le) n'aurait songé à lui contester. Pas mal pour le premier festival de cinéma majeur de celle qui confiait, au lendemain de son week-end stellaire, n'avoir, contrairement à beaucoup d'autres, pas hésité un instant à l'heure de rallier les bords de l'Adriatique: "J'étais convaincue de l'importance que revêtait la Mostra pour nous tous réunis ici, mais aussi pour le cinéma. Je suis profondément reconnaissante qu'elle ait pu se dérouler: pour des films comme ceux-ci, un festival représente une ligne de vie, c'est essentiel."Kirby, on l'avait découverte il y a une demi-douzaine d'années maintenant dans Queen & Country, le vétéran John Boorman lui confiant son premier rôle significatif au cinéma dans ce film autobiographique avant que les deux saisons initiales de la série The Crown n'assoient sa réputation sous les traits de la princesse Margaret.Le virus du jeu, cette Londonienne raconte toutefois l'avoir contracté au théâtre. "Je devais avoir 13 ans lorsque j'ai assisté, au National Theater, à une représentation de La Cerisaie, où Corin et Vanessa Redgrave interprétaient le frère et la soeur. Jusqu'alors, le théâtre m'avait plutôt ennuyée, mais là, j'en suis restée bouche bée: du fait du lien les unissant je croyais absolument à tout ce qu'ils disaient, c'était tellement émouvant et triste. Je suis repartie complètement retournée, mais aussi intimement transformée après qu'ils m'aient raconté cette histoire, comme si quelque chose de magique s'était produit. Et je me suis dit que j'aimerais pouvoir en faire autant... De même que j'aimerais aujourd'hui qu'une femme voyant Pieces of a Woman et ayant connu une expérience semblable à celle de Martha puisse se dire que quelqu'un la comprend."Que ce film marque un tournant dans sa carrière, voilà qui ne fait guère de doute, et pas seulement parce que les lauriers remportés à Venise en appellent d'autres. Vanessa Kirby y incarne, avec une intensité rare, une jeune femme confrontée à la perte de son bébé lors d'un accouchement à domicile, puits de douleur s'employant, toute de dignité mutique, à réapprendre à vivre, et coeur vibrant d'un mélodrame au féminin. "Je ressens profondément combien il est plus important que jamais de relater des expériences féminines qui n'ont pas encore été racontées, maintenant qu'il y a la place pour le faire, apprécie-t-elle. En tournant Pieces of a Woman, j'ai réalisé par exemple la responsabilité liée au fait de tourner sans la moindre coupe une scène d'accouchement. Je ne pouvais pas rendre le mauvais service aux femmes que le résultat semble faux ne serait-ce qu'un instant. Je voulais que cette scène soit aussi réelle que possible, un défi d'autant plus effrayant que je n'ai jamais mis d'enfant au monde moi-même." S'étirant en un plan-séquence virtuose de près d'une demi-heure, le résultat tient de l'expérience viscérale, à la fois saisissante et criante de vérité: "Kornél Mundruczó tenait à ce que le public partage le traumatisme vécu par Martha. Elle se referme tellement par la suite qu'il aurait été difficile, dans le cas contraire, de l'accompagner dans son parcours. Nous avons fait cette scène les deux premiers jours du tournage, quatre prises le premier, deux le second, nous nous sommes jetés à l'eau en croisant les doigts. Et cela constitue ma meilleure expérience au cinéma. Venant du théâtre, j'ai vécu comme un cadeau inestimable le fait de pouvoir la tourner en m'y immergeant complètement, sans interruption, comme sur scène. C'était exaltant."Pour se préparer à cette scène hors du commun, Vanessa Kirby a commencé par multiplier les rencontres. "Je devais tout apprendre, sourit-elle. Mais j'ai réalisé que si beaucoup d'amies me parlaient volontiers de leur accouchement, cela restait en termes très vagues, genre "c'était dur, je préfère ne plus y penser" ou "c'était incroyable". Je n'étais guère plus avancée, et je me suis mise à visionner des documentaires, tout ce sur quoi je pouvais mettre la main, mais là non plus, rien ne montre vraiment ce dont il retourne. Si bien que j'ai fini par contacter une obstétricienne officiant dans un hôpital du nord de Londres, qui m'a autorisée à venir les voir à l'oeuvre. Après plusieurs jours passés à observer et à discuter avec les membres du service pour accumuler le plus d'informations possible, elle m'a dit qu'une femme sur le point d'accoucher ne voyait pas d'objection à ce que je sois présente. C'était incroyable, parce que je savais combien il s'agissait d'un moment secret et intime -ce fut sans conteste l'expérience la plus profonde de mon existence, tout comme le film dans la foulée."Afin d'étoffer leurs personnages, et de les nourrir dans le douloureux chemin vers la reconstruction, l'actrice et son partenaire Shia LaBeouf, avec qui il elle compose un couple adoptant une attitude contrastée face au drame, ont également regardé des documentaires sur la mort à la naissance. Après quoi ont suivi des rencontres avec des couples passés par semblable tragédie, et des conversations portant sur la transition et le délicat processus de guérison. "Cela nous a montré combien le film était conforme à la vie: le chagrin et la douleur sont un périple individuel. On pourrait croire que suite à la perte d'un bébé, qui est une part de chacun des parents, il y a une expérience partagée, mais chacun y réagit différemment. La douleur est quelque chose de personnel, et c'est l'une des raisons, à mes yeux, pour lesquelles le film parle aux spectateurs: il est normal d'avoir sa réponse propre dans de telles circonstances. Même si votre entourage aimerait vous voir adopter une conduite différente, il n'y a pas à en avoir honte." De Martha, Vanessa Kirby confesse encore qu'elle l'a accompagnée longtemps après le tournage - "elle est toujours un petit peu avec moi". Et de rapprocher cette immersion au coeur de la détresse la plus profonde de son expérience théâtrale d'Un tramway nommé désir, dans le rôle de Stella Kowalski - "une pièce tellement traumatique en soi, mais aussi à jouer. Pendant des mois, nous avons tous ressenti profondément la douleur qu'elle recèle, mais la psyché ignore que ce n'est pas réel. Il faut faire attention, parce qu'on doit y survivre. Et ici, il fallait réussir à composer avec l'étendue de la douleur que traverse Martha. Mais je suis heureuse que Kornél et Kata aient écrit l'odyssée complexe de cette femme passant par une épreuve si difficile, et d'avoir pu la jouer."Si la jeune comédienne se montre particulièrement à son affaire dans ce registre sensible, habitant son personnage avec une intensité rare -elle cite Gena Rowlands parmi ses icônes personnelles-, le drame intime n'a pas ses faveurs exclusives, elle que l'on a notamment pu voir en White Widow dans Mission: Impossible-Fallout. Un emploi qu'elle s'apprête, du reste, à retrouver dans les deux prochains épisodes de la franchise. "Voilà bien quelque chose que je n'aurais pas pu imaginer lorsque j'ai débuté au théâtre (en 2009 au Octagon Theater de Bolton, dans Ils étaient tous mes fils, d'Arthur Miller), sourit-elle. Mais j'ai bien vite réalisé vouloir essayer de faire des choses dont je ne me sentais pas capable. Parfois j'échoue, parfois je réussis, mais j'apprends toujours énormément. Mission: Impossible a été un cadeau inestimable, pour le défi qu'il représentait, mais aussi pour ce que cela m'a apporté en termes de discipline et de travail physique, au contact de ce maître dans son art qu'est Tom (Cruise). "S'il fallait trouver un point commun à la plupart de ses rôles, c'est sans doute la force qui en émane, qu'elle s'affiche en héroïne de film d'action ou habite des drames intimes comme The World to Come et Pieces of a Woman, voire qu'elle vole pour ainsi dire la couronne dans The Crown. Un constat qu'elle s'emploie à nuancer: "On parle de fortes femmes, mais on ne dira pas "vous avez joué un homme vraiment fort". Pour moi, c'est toutefois moins une question d'opposition entre force et faiblesse que le résultat du fait que, par le passé, les femmes ont été dépeintes comme plus faibles parce que les demoiselles devaient être secourues, et que l'homme était celui qui traversait les épreuves avec le soutien de la femme. Je suis stimulée par l'idée que cette perspective puisse être inversée aujourd'hui, comme dans Pieces of a Woman, il est important à mes yeux de ne pas représenter les femmes comme faibles. Il se trouve aussi que j'apprécie beaucoup les personnages viscéraux, qui sont ceux auxquels j'ai toujours le plus répondu. Dans Les Trois Soeurs de Tchekhov par exemple, je joue Macha parce qu'elle ressent les choses profondément. Peut-être cela apparaît-il comme de la force, parce que la profondeur des sentiments en recèle, et c'est ce qui m'attire: j'aspire à interpréter des femmes éprouvant des sentiments exacerbés, que ce soit l'extrême douleur de Martha, ou l'extrême passion de Margaret. Je veux avoir l'opportunité d'évoluer dans des univers m'imposant d'explorer ces endroits. C'est sans doute lié au fait qu'en tant que personne, j'aime faire les choses à 100%, quelle que soit l'expérience."