À l'origine de Mulan, nouvelle production des studios Disney, on trouve La Ballade de Mulan, un poème narratif qui remonterait au IVe ou au Ve siècle et à la dynastie des Wei du Nord, et racontant l'histoire d'une jeune femme se déguisant en garçon pour prendre la place de son père vieillissant dans l'armée d'un royaume du Nord de la Chine. Et de témoigner, porteuse de son lourd secret, d'une bravoure exceptionnelle au combat, avant de retourner, des années plus tard, à la discrétion de sa famille et de son village. Avec le temps, la jeune femme rebelle s'est muée en héroïne chinoise doublée d'une icône féministe, dont les exploits ont été célébrés par des ballets, des pièces de théâtre et de nombreux films saluant, dans la foulée de Mulan Congjun, en 1928, sa légende immuable. Rien, en tout état de cause, qui laissât présager du tumulte ayant présidé à la sortie de Mulan version 2020 (lire notre critique du film), remake en prises de vue réelles du film d'animation de 1998.
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À l'origine de Mulan, nouvelle production des studios Disney, on trouve La Ballade de Mulan, un poème narratif qui remonterait au IVe ou au Ve siècle et à la dynastie des Wei du Nord, et racontant l'histoire d'une jeune femme se déguisant en garçon pour prendre la place de son père vieillissant dans l'armée d'un royaume du Nord de la Chine. Et de témoigner, porteuse de son lourd secret, d'une bravoure exceptionnelle au combat, avant de retourner, des années plus tard, à la discrétion de sa famille et de son village. Avec le temps, la jeune femme rebelle s'est muée en héroïne chinoise doublée d'une icône féministe, dont les exploits ont été célébrés par des ballets, des pièces de théâtre et de nombreux films saluant, dans la foulée de Mulan Congjun, en 1928, sa légende immuable. Rien, en tout état de cause, qui laissât présager du tumulte ayant présidé à la sortie de Mulan version 2020 (lire notre critique du film), remake en prises de vue réelles du film d'animation de 1998. Le film de Niki Caro s'inscrit dans une stratégie ayant vu, depuis quelques années, le studio de Burbank revisiter ses classiques animés en "live action". Avec, à la clé, d'incontestables réussites, comme Alice au pays des merveilles, de Tim Burton, ou Maleficent (d'après La Belle au bois dormant) de Robert Stromberg, mais aussi divers produits n'ayant d'autre ambition que lucrative a priori, à l'image du Lion King de Jon Favreau. Cette nouvelle déclinaison de Mulan, si elle n'est certes pas dénuée d'arguments esthétiques (lire notre critique), avait aussi pour objectif évident de flatter le marché chinois. De façon symptomatique, le film tente ainsi de prendre le contre-pied des reproches d'appropriation culturelle dont Disney a régulièrement fait l'objet. La relecture de Pocahontas (1995) notamment générera des critiques sévères des Amérindiens voyant dans l'histoire d'amour entre l'héroïne et un colon anglais une prolongation voilée du colonialisme. Et des réserves du même ordre seront encore formulées en 2016 à l'encontre de Vaiana, accusé de caricaturer la culture maorie (le studio fera amende honorable en traduisant le film). Deux exemples parmi d'autres, Disney, après avoir longtemps été accusé de véhiculer des stéréotypes divers, veillant désormais à se prémunir contre ces critiques - Coco a ainsi été tourné dans le respect de la tradition mexicaine, tandis que des spécialistes de la culture sami étaient consultés pour La Reine des neiges 2. Inscrit au confluent du politiquement et culturellement correct et d'intérêts économiques bien compris, Mulan semblait ainsi promis à une carrière de blockbuster sans nuage -jusqu'à tout soupçon éventuel de "whitewashing" (la pétition en ligne "Tell Disney You Don't Want a Whitewashed Mulan!" recueillera plus de 110.000 signatures) qui sera dûment évacué avec le choix de l'actrice Liu Yifei pour incarner le personnage principal, le film entendant revenir aux racines chinoises de l'histoire après les libertés prises par le dessin animé. C'était compter sans les impondérables toutefois, nombreux pour le coup. Les déclarations de cette même Liu Yifei, apportant son soutien aux forces de l'ordre réprimant les émeutes de Hong Kong en 2019, mettront le feu aux poudres, déclenchant une première campagne de boycott, la militante démocrate Agnes Chow se voyant qualifiée par certains de "vraie Mulan". Un second appel à boycotter le film viendra s'y ajouter lorsque les spectateurs découvriront au générique des remerciements aux autorités de la province de Xinjiang, où certaines scènes ont été tournées -soit une région où les Ouïghours font l'objet d'internement dans des camps, situation que ne manquent pas de dénoncer les associations de défense des droits de l'homme. Soit, en tout état de cause, une double polémique dont le film se serait bien passé. Et qui a sans doute contribué au flop de Mulan au box-office chinois, en dépit des efforts de Disney pour séduire le public local -lequel n'a pas manqué de dénoncer par ailleurs le manque d'authenticité du projet. L'Empire du Milieu est l'un des rares territoires où le film soit sorti en salles. Le Covid-19 est passé par là, faut-il le rappeler, qui a contraint la firme aux grandes oreilles à revoir ses plans initiaux. Programmée en mars, la sortie mondiale du film a ainsi été dans un premier temps repoussée à l'été, avant que le studio n'opte, à de rares exceptions près, pour une diffusion sur sa plateforme Disney+, où le public belge pourra le découvrir dès ce 4 décembre. Une stratégie dictée par les événements, et une décision inédite pour une production de cette ampleur (de l'ordre de 200 millions de dollars), qui pourrait toutefois en appeler d'autres. Crise sanitaire persistante oblige, Soul, la nouvelle merveille des studios Pixar, suivra le même chemin du streaming le 25 décembre prochain, au grand dam des exploitants de salles auxquelles ces films étaient destinés. À défaut du succès escompté, Hua Mulan aura peut-être été l'instigatrice d'un bouleversement fondamental dans l'industrie du cinéma...