Georgia (Brianne Howey) est une mère célibataire à peine trentenaire, qui vient de s'installer avec ses enfants Austin, six ans, et Ginny (Antonia Gentry), quinze ans, de pères différents, dans une banlieue cossue de Boston. À peine quinze années séparent la mère et la fille mais si les tensions entre générations rappellent volontiers Gilmore Girls, la comparaison ne dépasse pas le clin d'oeil -initiales comprises-, tant Ginny & Georgia, nouveau rejeton de Netflix, multiplie les registres.
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Georgia (Brianne Howey) est une mère célibataire à peine trentenaire, qui vient de s'installer avec ses enfants Austin, six ans, et Ginny (Antonia Gentry), quinze ans, de pères différents, dans une banlieue cossue de Boston. À peine quinze années séparent la mère et la fille mais si les tensions entre générations rappellent volontiers Gilmore Girls, la comparaison ne dépasse pas le clin d'oeil -initiales comprises-, tant Ginny & Georgia, nouveau rejeton de Netflix, multiplie les registres. La série est tout aussi caméléon que son personnage principal, Georgia, bimbo délurée et rescapée d'un passé sombre surfaçant ici et là par flash-back. Survivante? Fugitive? Georgia, partout où elle passe, tire son plan. Trouve un job au bureau du maire, prend des cartes de crédit au nom de son fils mais le sauve des griffes du caïd de son école. Son aplomb, son sens de la répartie, de l'improvisation, ainsi qu'une partie de sa garde-robe rappellent Erin Brockovich. Son immaturité intermittente a le don d'agacer sa fille, Ginny, que les premiers pas à l'école du coin confrontent à toute l'ingratitude et aux émerveillements de l'adolescence. Elle se lie avec un trio de filles au débit mitraillette, bien dans leurs baskets, mais dont les jeans recouvrent des douleurs cachées, automutilations ou bandes adhésives pour mincir artificiellement des cuisses... Harcèlement, consentement, body shaming, drogues, fluidité des genres: leurs discussions sont un mélange de blagues potaches, de punchlines libératrices, une ode à l'intelligence, à la sororité et aux vertus de la marge qui revendique aussi sa part d'hédonisme et de réconfort. Tandis que sa mère tente de transformer les cendres d'un passé aux frontières de la légalité en une rivière d'or et de diamants, négociant en permanence entre ses parts d'ombre et de lumière, Ginny est tiraillée entre bon et mauvais garçon, l'urgence de vivre ses désirs et celle d'agir en adulte face à sa mère qui a une notion très élastique de la limite. Parallèlement, le fil de trame comique de Ginny & Georgia croise, dans des flash-back attendus mais intelligemment dosés ou des retournements soudains, un fil de chaîne plus dramatique, une matière de thriller et de mélo, qui donne au tissu narratif une texture assez inattendue, difficilement catégorisable. Le tissage est parfois grossier dans sa manière de faire côtoyer l'outrance et la justesse et, jusqu'au milieu de la saison, impossible de savoir ce qui va l'emporter, du rire ou des larmes. Toute brouillonne soit-elle, la série reprenant une pincée de Weeds, quelques volutes d'Euphoria et une spitrouille de Sex Education parvient à dégager une joyeuse exubérance, et une fière défiance à l'égard des codes mainstream.