De l'amour porté à incandescence, le cinéma a fait l'un de ses thèmes de prédilection, le déclinant sous les formes et les tonalités les plus diverses. Démonstration, si besoin, avec la sélection du mois de la Cinetek, qui propose dix films unis sous le signe d'une passion s'épanouissant, le plus souvent, à rebours des conventions. Un échantillon séduisant, invitant par ailleurs à voyager à la suite de ces amants éternels dans le temps comme dans l'espace, du XVIIe siècle à la seconde moitié du XXe; des campagnes russes à New York, en passant par le Japon, la France ou l'Allemagne.
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De l'amour porté à incandescence, le cinéma a fait l'un de ses thèmes de prédilection, le déclinant sous les formes et les tonalités les plus diverses. Démonstration, si besoin, avec la sélection du mois de la Cinetek, qui propose dix films unis sous le signe d'une passion s'épanouissant, le plus souvent, à rebours des conventions. Un échantillon séduisant, invitant par ailleurs à voyager à la suite de ces amants éternels dans le temps comme dans l'espace, du XVIIe siècle à la seconde moitié du XXe; des campagnes russes à New York, en passant par le Japon, la France ou l'Allemagne. Plusieurs classiques balisent ce programme, au premier rang desquels l'insurpassable Brief Encounter (1945), mélodrame en demi-teinte où David Lean filmait, dans une gare de la banlieue londonienne, la rencontre fortuite d'un homme et d'une femme d'âge mûr s'échappant de leur ennui bourgeois pour vivre une histoire d'amour d'autant plus forte peut-être que vouée à l'échec. Et le film de traduire, tout en pudeur et en lyrisme délicat, la fulgurance comme la fragilité des sentiments. Kenji Mizoguchi situait pour sa part à Kyoto, dans le Japon féodal du XVIIe siècle, la fuite des Amants crucifiés (1954) se heurtant à un cadre moral d'une rigueur implacable, la perfection plastique servant ici l'expression des sentiments les plus forts. Quant à Rainer Werner Fassbinder, il s'attacherait, 20 ans plus tard dans Tous les autres s'appellent Ali, à un couple mixte, une femme dans la soixantaine et un travailleur immigré, confrontés aux préjugés et au racisme de leur entourage dans la morosité de l'Allemagne de l'Ouest, cadre de cette relecture de All That Heaven Allows, de Douglas Sirk. On pourrait encore ajouter à ces incontournables La Femme d'à côté (1981), où François Truffaut et la fatalité réunissaient le couple Ardant-Depardieu, amants jusqu'à en perdre la raison peut-être, "Ni avec toi, ni sans toi" en tout état de cause. Ou The Age of Innocence (1993), où Martin Scorsese filmait, avec un luxe de raffinement, un Daniel Day-Lewis se consumant d'un amour impossible pour Michelle Pfeiffer sous le regard de Winona Ryder dans la haute société new-yorkaise de la fin du XIXe siècle (l'acteur doublant la mise dans le florentin A Room with a View de James Ivory, figurant également au programme). Voire Les Amants (1958), film indubitablement vieilli mais passé à la postérité par la grâce d'une Jeanne Moreau dont la nudité et le visage, exprimant le plaisir féminin comme aucune actrice n'avait osé le faire avant elle, allaient marquer les esprits, un scandale retentissant à la clé. À ceux-là, la sélection du mois adjoint une série B et deux curiosités. Inspiré d'un fait divers réel porté à cinq reprises à l'écran (dont l'une, sous le titre Alleluia, par les soins de Fabrice du Welz), The Honeymoon Killers, de Leonard Kastle (1969), s'attarde sur l'équipée d'un couple d'amants criminels lancé sur les routes de l'Amérique des années 50 à la rencontre de (vieilles) femmes esseulées qu'ils dépouillaient avant de les massacrer sauvagement. Ou l'amour fou envisagé dans une expression extrême comme inconfortable, saisie dans la crudité d'un réalisme fauché. Le cinéaste québécois Claude Jutra signait de son côté avec À tout prendre (1961) une curieuse autofiction, relatant les amours entre un fils de bonne famille et une jeune métisse rencontrée lors d'une soirée, relation sincère que s'emploiera à miner un entourage bourgeois dont il peine à s'affranchir. Sous influence avérée de la Nouvelle Vague et relevé d'audaces formelles, il y a là un essai moderniste plus intriguant que concluant. Enfin, on doit à Olga Preobrajenskaïa le méconnu Le Village du péché (1927), réputé comme étant le premier film féministe de l'ère soviétique. L'action s'ouvre à la veille de la Grande Guerre dans le village de Riazan, à quelque 200 kilomètres de Moscou, lorsqu'un riche fermier décide de marier son fils Ivan et sa fille Wassillissa, jetant son dévolu sur Anna, la jeune orpheline qu'aime le premier, tandis qu'il répudie la seconde, coupable à ses yeux de s'être entichée d'un forgeron sans le sou. Son fils parti au front, le père poursuit sa belle-fille de ses assiduités, avant de la violer sous les yeux de sa femme qui ne pipe mot, poussant bientôt la victime au désespoir... Et le mélodrame de doubler le bouleversant portrait de son héroïne tragique de la condamnation des hypocrisies d'une société patriarcale en un geste cinématographique de toute beauté. À découvrir.