L'apocalypse selon saint Marc: notre article sur le spectacle End Times Fun de Marc Maron.
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Ricky Gervais a de la suite dans les idées: après Animals, Politics, Fame et Science, le créateur des hilarantes séries britanniques The Office, Extras et Life's Too Short revenait en 2018 avec Humanity, cinquième spectacle de stand-up à l'intitulé académique enregistré à l'Eventim Apollo de Londres. Empêcheur de penser en rond notoire, l'humoriste au sourire carnassier y dézingue à tout-va les particules viciées de l'air du temps, excellant une fois de plus dans l'exercice qu'il affectionne par-dessus tout: régler ses comptes. Sa cible principale? L'indignation en carton des cadors des réseaux sociaux. À partir de la fameuse polémique consécutive à sa vanne soi-disant transphobe sur Caitlyn Jenner aux Golden Globes en 2016, il déconstruit le moralisme rance de l'époque et double sa critique mordante d'une réflexion sur l'humour même. Revendiquant haut et fort son droit inaliénable à se foutre de tout, Gervais, déchaîné, remet les ayatollahs de la bien-pensance à leur place. Y a pas à dire, ça fait du bien par où ça passe. Humoriste passée par le Jamel Comedy Club puis popularisée par la série Canal WorkinGirls, Blanche Gardin explose littéralement en 2017 avec ce seule en scène qui lui vaudra son premier Molière de l'humour. À l'inverse des comiques adeptes du débit mitrailleur et de la punchline qui fuse, la Française prend le temps de poser sa voix, ose les silences, l'attitude statique, les explications traînantes et le ton neurasthénique. En résulte un humour souvent savoureusement inconfortable, qui fait rire aux larmes mais charrie dans le même temps les vérités amères et les observations plombées qui gênent. Qu'elle parle de la solitude ou de la mort, de sa première sodomie ou de ses rêves glauques, Gardin se fait fort de ne jamais rentrer dans aucune case. Mariant franc-parler assez ravageur et fibre sociale, potacheries politiquement incorrectes et anecdotes salées à la violence parfois très crue, elle impressionne par sa maîtrise et la justesse de son regard acide sur le monde. "Paris est une fête? Paris est un dortoir pour bobos insomniaques qui pissent trop de thé vert la nuit, oui." L'an dernier, le retour du roi de la vanne de l'Ohio n'a pas manqué de faire grincer quelques dents. Il faut dire que Chappelle, grand provocateur, n'y va pas de main morte dans Sticks & Stones, poussant le bouchon parfois très loin, sur le sujet de la pédophilie notamment. "Je suis un blâmeur de victimes", se plaît-il à rappeler, tout sourire. Ses commentaires hilares sur Leaving Neverland, le documentaire choc accablant Michael Jackson, n'ont pas manqué de soulever la controverse. C'est pourtant bien dans ces moments-là qu'il reste le meilleur: en sale gosse impertinent ravi de venir foutre le boxon chez les obsédés de la morale. Avec un sens de la métaphore fleurie assez imparable, il fait feu de tout bois: violences à l'encontre de la communauté afro-américaine, tueries dans les écoles, sextapes de R. Kelly, confiscation des lettres de l'alphabet par la communauté LGBTQI+... En forme olympique, le fils spirituel de Richard Pryor flirte dangereusement avec le scandale pour mieux réaffirmer sa liberté de se marrer de tout. Aziz Ansari peut tout se permettre, c'est même à ça qu'on le reconnaît. Comique américain d'origine indienne féru de pop culture révélé par Parks and Recreation sur NBC avant de confirmer dans sa propre série Netflix, la formidable Master of None, il signait dès 2013 son meilleur stand-up à ce jour, Buried Alive. Portant pour l'occasion un costard très formel avec fleur blanche à la boutonnière, il y questionne avec beaucoup d'esprit et de fluidité les fondements de l'institution du mariage, l'amour et la paternité. Éternel grand adolescent, Ansari, survolté, parle au fond de ce qu'il connaît le mieux -le quotidien d'un citadin attaché à son indépendance, amateur de bonnes tables et d'endroits branchés- pour s'amuser des coups les plus tordus du destin. S'appuyant sur des anecdotes en lien avec son enfance et sa famille, il épate par la qualité de son écriture mais n'est jamais aussi bon que quand il interagit librement avec son public, qu'il met dans sa poche avec une aisance et une décontraction étonnantes.Selon le magazine Rolling Stone, qui l'a classé en 2017 quatrième plus grand représentant de son art de tous les temps, il est tout simplement le meilleur comédien de stand-up en activité. Et, en effet, dans ses moments les plus brillants, Louis C.K. surclasse toute forme de concurrence, s'autorisant notamment parfois à se lancer dans d'insensés délires persos à se tordre de rire. Particulièrement riche en pareils moments, Hilarious, enregistré à Milwaukee il y a un peu plus de dix ans, reste un modèle sans doute inégalé du genre. Alors fraîchement séparé de sa compagne, l'Américain y raconte son célibat et sa misère sexuelle en s'appuyant sur de fines observations sociologiques volontairement caricaturées, mais aussi sur de multiples anecdotes de son quotidien avec ses deux gamines, comme dans la série Louie. D'une honnêteté souvent confondante, C.K. manie aussi bien la digression autodépréciative que l'humour méta, induisant un rapport quasiment brechtien à son travail. Hilarant, en effet. Sans hyperbole aucune.