Le silence comme le ronronnement de la climatisation est assourdissant. Ils parlent parfois aux morts que certains préfèrent appeler des patients décédés. "Pardon monsieur." "Ne bougez pas madame." Les corps sont froids et les gestes précis. On est dans la chambre mortuaire de l'hôpital Bi...

Le silence comme le ronronnement de la climatisation est assourdissant. Ils parlent parfois aux morts que certains préfèrent appeler des patients décédés. "Pardon monsieur." "Ne bougez pas madame." Les corps sont froids et les gestes précis. On est dans la chambre mortuaire de l'hôpital Bichat, à Paris. Sur les 600.000 décès qui frappent la France chaque année, 75% se passent dans un établissement de santé. Après s'être intéressé aux travailleurs invisibles qui ramassent et transportent les morts dans les grandes villes (Des Morts entre les mains), Camille Vidal-Naquet suit quatre employés dans la gestion hospitalière de l'après-décès. Quatre garants du bien-être de ceux qui ne sont plus. "Il se rasait? Il se coiffait comment? Il avait une raie au milieu? On va faire au mieux." Toilette, maquillage, habillage, massages pour rendre la peau plus malléable... La Chambre raconte avec sobriété un métier funéraire qui rend les défunts présentables. "Vous n'imaginez pas ce que les familles sont capables de faire avec leurs morts. Une dame voulait une dent de sa maman. "Mais qu'est-ce que vous voulez faire avec?" "Je veux la mettre sur un collier." "Mais madame, un collier avec une dent de votre maman? C'est gros une dent. Une petite mèche de cheveu ne suffirait pas?" Comme on refusait, elle nous a dit: "D'accord, je vais m'en occuper. Vous avez les outils?"."