La pandémie aura au moins eu cet avantage: permettre de se poser et d'éventuellement jeter un regard dans le rétro. Quand Maarten Devoldere et Jinte Deprez ont fait l'exercice, ils ont bien dû constater: cela fait maintenant (un peu plus d')une décennie qu'est sorti Applause, le premier album de Balthazar. Et bientôt 17 ans qu'ils ont lancé le groupe, soit l'âge qu'ils avaient précisément à ce moment-là. La moitié de leur vie, consacrée à la musique. Durant ces années, ils auront eu le temps de pondre quatre premiers disques, assouvir des envies solos (Warhaus pour le premier, et J. Bernardt pour le second), constater aussi des allées et venues (le départ de Patricia Vanneste en 2018), tout en devenant l'un des principaux représentants indie rock du Royaume. Mieux, l'un des derniers à trouver une audience des deux côtés de la frontière linguistique -le titre The Man Who Owns the Place, repris comme générique de la série La Trêve a pu aider-, et de remplir Forest National.
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La pandémie aura au moins eu cet avantage: permettre de se poser et d'éventuellement jeter un regard dans le rétro. Quand Maarten Devoldere et Jinte Deprez ont fait l'exercice, ils ont bien dû constater: cela fait maintenant (un peu plus d')une décennie qu'est sorti Applause, le premier album de Balthazar. Et bientôt 17 ans qu'ils ont lancé le groupe, soit l'âge qu'ils avaient précisément à ce moment-là. La moitié de leur vie, consacrée à la musique. Durant ces années, ils auront eu le temps de pondre quatre premiers disques, assouvir des envies solos (Warhaus pour le premier, et J. Bernardt pour le second), constater aussi des allées et venues (le départ de Patricia Vanneste en 2018), tout en devenant l'un des principaux représentants indie rock du Royaume. Mieux, l'un des derniers à trouver une audience des deux côtés de la frontière linguistique -le titre The Man Who Owns the Place, repris comme générique de la série La Trêve a pu aider-, et de remplir Forest National. En cours de route, l'idée d'un songwriting pop raffiné est restée. Mais dix années laissent le temps d'évoluer, obligent même à bouger un peu les meubles. En 2019, l'album Fever a donc amené Balthazar à entamer une mue. Plus groovy, moins raide. Deux ans plus tard, le nouveau Sand confirme: il est désormais plus facile de danser avec la musique de Balthazar, ou en tout cas de se déhancher, sexy, un cocktail à la main. "En fait, Fever a été un peu comme un second premier album pour nous, comme si le groupe repartait de zéro, note Jinte Deprez. Et puisque, lors de la tournée qui a suivi, on a encore eu plein d'idées dans cette même veine, il y avait la sensation de pouvoir pousser les choses un peu plus loin." En rentrant en studio, il s'agissait, pour une fois, non pas de prendre le contre-pied du disque précédent, mais bien de l'approfondir. C'était sans compter le coronavirus, venu perturber l'ordre de marche. Faute de pouvoir se réunir dans une même pièce, Balthazar a dû trouver des solutions de rechange, en bossant à distance. "Ce n'est pas forcément une mauvaise chose que de devoir travailler avec des restrictions, assure Maarten. Comme dirait l'autre, "never let a good crisis go to waste". Sur ce disque, on a par exemple davantage travaillé avec des samples de batterie, des synthés, des instruments électroniques, etc. Il y a aussi pas mal de voix féminines. Elles ont même pu donner parfois une autre direction aux mélodies que nous avions écrites. C'était très frappant, et à vrai dire, très inspirant, notamment pour notre manière de chanter. D'un autre côté, on était également attentif à ne pas perdre notre son, ce qui fait notre signature." Jinte confirme: "L'idée était d'ajouter de nouvelles couleurs, sans tomber non plus dans le gimmick." Sur Sand, les histoires d'amour foireuses se déclinent donc avec une bonne dose de fatalité et de légèreté. Le single Losers, par exemple, annonce que "nous sommes tous des losers, susceptibles d'accomplir quelque chose de magnifique", osant des "pa-pa-pam" ("The way Paolo Conte can"), et usant d'un falsetto rappelant les Bee Gees ou les choeurs androgynes du groupe soul anglais Jungle. Plus loin, l'explicite I Want You combine la basse typique de Balthazar avec un saxo délié, tandis que You Won't Come Around s'appuie sur un groove tout droit sorti d'une drum machine vintage. En restant fidèle à son carcan indie-pop, Balthazar parvient ainsi à élargir toujours un peu plus son terrain de jeu. "À cet égard, l'expérience accumulée est clairement un plus, avoue Maarten. Au début, on devait trouver notre identité, on se fixait beaucoup de règles. L'album Applause, par exemple, a été enregistré de manière très "spartiate". On était encore jeunes, on se cherchait et, en même temps, on voulait être cool, hip (sourire). Avec le temps, vous gagnez en assurance, vous apprenez à vous exprimer plus directement. Un morceau comme Leaving Antwerp est une chanson de rupture très romantique. On n'a pas hésité à glisser un solo de saxo un peu langoureux pour renforcer ce sentiment. Je ne suis pas certain qu'on aurait osé il y a quelques années, on aurait eu peur que cela paraisse too much." Jinte prolonge: "Le fait est qu'on se prenait très au sérieux. Aujourd'hui, on relativise davantage." Maarten encore: "Vous voyez ça également chez les tout grands artistes, comme Dylan ou Leonard Cohen. Au début, ils ont tout à prouver. Ce n'est que plus tard qu'ils se permettent d'écrire des phrases parfois très simples." Le temps est donc une donnée essentielle. Il est même le fil rouge inconscient de Sand. Derrière les love songs, Balthazar médite sur le temps qui passe, l'incapacité à jouir du moment présent, et la perpétuelle agitation des esprits compliqués. C'est un peu ce que symbolise la sculpture utilisée pour la pochette de l'album. Mi-éléphant des mers, mi-blob, elle a pour nom Homunculus Loxodontus. Installée devant l'hôpital pour enfants de Leiden, elle est l'oeuvre de l'artiste néerlandaise Margriet van Breevoort. "On l'a trouvée en se baladant sur Internet, raconte Maarten. Sans savoir trop ce que c'était, on trouvait le personnage très iconique. Par la suite, on s'est renseignés, on a découvert que ce qu'il signifiait, littéralement "celui qui attend". L'idée de van Breevoort était de personnifier le sentiment que vous pouvez avoir quand vous vous retrouvez dans une salle d'attente, ce moment toujours un peu bizarre où la seule chose que vous avez à faire est de patienter. Cela résonnait bien avec ce qu'on racontait dans le disque, de ne pas toujours avoir le contrôle sur le temps qui passe." Sans compter la résonance supplémentaire qu'a pu donner la pandémie actuelle. "Ce n'était pas l'intention, mais c'est vrai que retrouver ce personnage en couverture a quelque chose d'ironique. Aujourd'hui, par la force des choses, tout le monde peut avoir cette sensation d'être coincé dans la salle d'attente..."