"Je suis allé voir Big Horse le 1er juillet dans une brasserie artisanale bruxelloise. C'était le premier jour où les événements avec public étaient à nouveau autorisés mais cet après-midi-là, des gens m'ont dit qu'ils avaient déjà renoué avec les concerts. À Tournai, René Binamé avait joué à minuit et terminé pour la fermeture des bars à 1 heure du matin." Dominique rigole. "Je n'aurais pas couru jusque-là. Je ne suis pas fou à ce point." Dominique, 49 printemps, est quand même un accro du live, un cinglé du gig. Quand la situation sanitaire le permet, il prend le chemin des salles, petites ou grandes, une dizaine de fois par mois. Malgré l'activité plus qu'au ralenti de l'industrie, il a réussi le petit exploit d'assister à onze concerts en juillet. "Je découvre plein de "cultureel centra". J'ai l'impression qu'ils ont pour l'instant un peu repris le flambeau..."
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"Je suis allé voir Big Horse le 1er juillet dans une brasserie artisanale bruxelloise. C'était le premier jour où les événements avec public étaient à nouveau autorisés mais cet après-midi-là, des gens m'ont dit qu'ils avaient déjà renoué avec les concerts. À Tournai, René Binamé avait joué à minuit et terminé pour la fermeture des bars à 1 heure du matin." Dominique rigole. "Je n'aurais pas couru jusque-là. Je ne suis pas fou à ce point." Dominique, 49 printemps, est quand même un accro du live, un cinglé du gig. Quand la situation sanitaire le permet, il prend le chemin des salles, petites ou grandes, une dizaine de fois par mois. Malgré l'activité plus qu'au ralenti de l'industrie, il a réussi le petit exploit d'assister à onze concerts en juillet. "Je découvre plein de "cultureel centra". J'ai l'impression qu'ils ont pour l'instant un peu repris le flambeau..." La fermeture de mars lui avait mis un coup au moral. Musicalement, mais aussi socialement parlant. "Elle a créé un vide intersidéral. Ce qui m'a le plus manqué, c'était de voir les copains. Tu n'avais plus d'endroit festif pour les retrouver et boire une bière. On espérait un retour à la normale cet automne et ce ne sera pas le cas. Chez De Roma à Anvers, ils ont carrément annoncé qu'ils arrêtaient les activités jusqu'à la fin de l'année." Si les règles drastiques de distanciation sociale, les bulles et les concerts à table le minent, Dominique s'y retrouve et arrive à vivre les choses intensément. Nicolas, jeune quadra, a plus de mal. "La musique devient presque un fond sonore. J'ai vu les dispositions prises par l'AB pour la rentrée. Dans des conditions pareilles, je n'ai pas envie d'aller voir des concerts. J'étais le premier à attendre leur retour, mais pas comme ça... Tout l'aspect convivial de la chose s'est évaporé. L'énergie sonore me manque mais aussi forcément le côté humain. Je vis à La Louvière, sans gonzesse. Je ne vois plus personne. Ma vie sociale a pris un énorme coup dans la gueule. Je suis censé téléphoner et réserver pour aller boire un verre dans le bar où j'ai mes habitudes..." Le concert Covid laisse perplexe Alain, 63 ans, gros consommateur lui aussi et en vacances tout le temps depuis le 1er juin. "Assis comme au théâtre, tu es un peu prisonnier. Contraint. Pas libre. Alors que la liberté, c'est ce que je recherche avec la musique. Ce qu'elle m'insuffle. Bref, on fait avec mais c'est moins tof. On a renoué avec le contact social, pas le contact physique, note l'amateur de rock garage et psychédélique. Je vois déjà des groupes qui splittent, des musiciens qui quittent des groupes. Faut soutenir les petits jeunes qui font de la bonne musique." Son profil à lui ne l'inquiète pas. "Je respecte les consignes de sécurité. Je ne suis pas un révolutionnaire, du genre à jeter mon masque par terre. Mais je ne flippe pas. J'en ai un peu rien à foutre. Bien sûr, je suis à risque. Mais on nous a tout dit. Même que le tabagisme nous protégeait." Avec le blues de l'amateur de concerts résonne aussi celui de son portefeuille. Certes, l'absence de live a permis quelques économies mais certains organisateurs rechignent à rembourser. "Tu as vraiment l'impression qu'on joue avec ton pognon, reprend Nicolas. Je suis dans la dèche pour le moment. J'aurais bien récupéré l'argent. Une copine a acheté un ticket pour Taylor Swift à Werchter Boutique, elle a maintenant un voucher pour l'édition 2021 du festival, éventuellement celle de 2022. Mais, elle, ce qui l'intéresse, ce n'est pas d'aller à Werchter, c'est de voir la chanteuse qu'elle aime." Pour leur épargner des problèmes de trésorerie, un arrêté ministériel du 19 mars a autorisé les organisateurs à ne pas rembourser les tickets s'ils proposaient un nouvel événement "ayant les mêmes caractéristiques essentielles" dans les deux ans. C'est au détenteur du titre d'accès de prouver qu'il ne peut y assister à la nouvelle date prévue. Le monde à l'envers. "Qu'est-ce que j'en sais si je serai dispo pour le Graspop l'an prochain et si l'affiche va m'intéresser?, embraie Dominique. En plus, il y a une date butoir pour la demande de remboursement... J'ai quand même pas mal de tickets. Naïvement, j'ai pensé que tout ça ne durerait pas. J'imaginais même réaliser de bonnes affaires, que les gens allaient revendre les leurs moins cher. J'ai ainsi acheté un billet pour Therapy? qui devait jouer en mai, le concert a été reporté en novembre et se retrouve maintenant annoncé en mars. Entre les concerts annulés, les postposés et ceux qui attendent encore une nouvelle date, ça devenait tellement difficile de s'y retrouver que j'ai créé un fichier Excel." Il s'agit d'être organisé. Réactif aussi. Vu les jauges limitées, les tickets partent désormais très vite... "En deux heures, tu ne trouves plus de place pour un concert de Doom, rigole Nicolas. Ça empêche la spontanéité, l'improvisation, les décisions de dernière minute." Moins acharnée, Manon, 30 ans, se dit à la fois triste et dégoûtée. Les concerts, c'est pour elle sortir de sa petite zone de confort, de son environnement. "J'assistais aussi à beaucoup de spectacles d'humour. C'est dans ces cadres que je me sens bien et que je m'évade. Comme je travaille dans le médical, je me suis privée de beaucoup de choses par peur de contaminer les gens, même si je me fais dépister." Au début, elle a regardé des lives sur Internet. "Mais tout le monde a vite perdu son énergie." Depuis la reprise, elle a visité l'un ou l'autre café-théâtre. "L'ambiance est vraiment bizarre. Les spectateurs n'osent plus aller à la rencontre des artistes. Même quand ils les invitent à monter sur scène. On va voir des spectacles pour partager des choses, pour rencontrer des gens. Bêtement, leurs sourires me manquent. Ça doit être étrange d'ailleurs pour les artistes de ne pas pouvoir lire la satisfaction sur les visages du public. Il n'applaudit même plus comme avant..."