Certains la voient comme un exercice futile, le reflet d'un cruel manque d'imagination, voire une preuve de fainéantise. Ce qu'elle est, il faut bien l'avouer, plus que parfois en même temps que l'occasion d'occuper à peu de frais et d'effort le terrain. Certaines exceptions toutefois confirment la règle. La reprise est un art. Un dialogue entre musiciens. Une conversation avec le temps. Distractions n'est pas à proprement parler un album de covers. Mais trois de ses sept titres sont des relectures. Et Stuart Staples est tout sauf à court d'inspiration.
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Certains la voient comme un exercice futile, le reflet d'un cruel manque d'imagination, voire une preuve de fainéantise. Ce qu'elle est, il faut bien l'avouer, plus que parfois en même temps que l'occasion d'occuper à peu de frais et d'effort le terrain. Certaines exceptions toutefois confirment la règle. La reprise est un art. Un dialogue entre musiciens. Une conversation avec le temps. Distractions n'est pas à proprement parler un album de covers. Mais trois de ses sept titres sont des relectures. Et Stuart Staples est tout sauf à court d'inspiration. Distractions s'ouvre sur Man Alone (Can't Stop the Fadin'), dont le clip a été tourné de nuit à l'arrière d'un taxi. Man Alone n'est pas juste le morceau le plus long jamais enregistré par les Tindersticks, c'est aussi sans doute le premier à pouvoir faire danser des clubbers jusqu'aux petites heures. Pendant onze minutes et quelques secondes, sombres, répétitives et minimalistes, Man Alone chasse les enluminures et emmène les Tindersticks sur le terrain de la house, du kraut et des boucles. "Parce que l'acte le plus créatif est parfois de ne pas jouer" ou du moins d'en donner l'impression, I Imagine You se pose sur la voix susurrée de Stuart et une instrumentation très discrète. "Je pense que le confinement a offert une opportunité pour quelque chose qui était déjà en train de se passer. C'est définitivement une part de l'album mais il n'y est pas une réaction." Distractions a été enregistré à cheval sur le monde d'avant et le monde d'après. Quand il s'est mis à suspendre son souffle et à comprendre ce qui lui arrivait. C'était entre janvier et août 2020 au studio Le Chien. La tanière de l'Anglais aménagée dans une grange de 200 ans derrière sa maison du Limousin. "S'éloigner de la narration et s'autoriser la confusion." Les Tindersticks prennent un malin plaisir à brouiller les cartes. En plein milieu de leur disque, ils revisitent ainsi A Man Needs a Maid de Neil Young, qui sonne comme du Leonard Cohen, et Lady with the Braid de Dory Previn, l'histoire d'une femme qui essaie de retenir son amant pour la nuit mais le fait fuir au fil de ses paroles. La bande à Staples s'attaque aussi, surtout, groovy, au You'll Have to Scream Louder des Television Personalities, qui s'est mis à obséder Stuart un samedi matin printanier. "You'll have to scream louder. Because no one is listening. You can scream, you can shout. Don't expect to be heard." "I've got no respect for these people in power. They make their decisions. From their ivory towers." Vous avez dit dans l'air du temps? Derrière, une ballade au piano en français, Tue-moi, espèce de Jane Birkin au masculin, et des chants d'oiseaux (The Bough Bends) ferment en douceur cet impeccable disque d'un groupe mine de rien toujours essentiel.