Si 2020 n'a été simple pour personne, l'année a été particulièrement agitée pour Megan Thee Stallion. Pour le meilleur et pour le pire. Ces derniers mois, la jeune femme a ainsi vu sa notoriété prendre une nouvelle ampleur. De rappeuse confirmée, sorte d'héritière de Missy Elliott et Foxy Brown, elle est devenue l'une des pop stars les plus en vue du moment -au point de faire la couverture du Time Magazine, listée parmi les 100 personnalités les plus influentes. Pour en arriver là, elle a pu compter sur le carton du morceau Savage. Mais aussi sur son duo avec Cardi B, le très explicite WAP. Un tube dont le clip particulièrement baroque, outrageusement sexuel, a...

Si 2020 n'a été simple pour personne, l'année a été particulièrement agitée pour Megan Thee Stallion. Pour le meilleur et pour le pire. Ces derniers mois, la jeune femme a ainsi vu sa notoriété prendre une nouvelle ampleur. De rappeuse confirmée, sorte d'héritière de Missy Elliott et Foxy Brown, elle est devenue l'une des pop stars les plus en vue du moment -au point de faire la couverture du Time Magazine, listée parmi les 100 personnalités les plus influentes. Pour en arriver là, elle a pu compter sur le carton du morceau Savage. Mais aussi sur son duo avec Cardi B, le très explicite WAP. Un tube dont le clip particulièrement baroque, outrageusement sexuel, agitera jusqu'au Congrès, faisant avaler de travers les conservateurs américains. Dans le même temps, Megan Pete, de son vrai nom, fera également les titres des tabloïds pour des raisons plus glauques: en juillet dernier, elle s'est retrouvée impliquée dans une fusillade, et blessée d'une balle dans le pied, tirée, affirme-t-elle, par le rappeur Tory Lanez. Quelques semaines plus tard, quand elle se retrouvera sur le plateau télé du Saturday Night Live, pour chanter Savage, elle s'écartera pendant quelques secondes de son rôle d'entertaineuse au verbe cru pour citer la phrase de Malcolm X: "Il n'existe pas de personne plus méprisée, délaissée, négligée que la femme noire en Amérique"... Cette colère, on peut la retrouver en ouverture de Good News, son tout premier album "officiel". Samplant le Who Shot Ya? de Notorious BIG, le morceau Shots Fired fait explicitement référence à l'incident dont MTS a été victime, mais sans qu'elle ne nomme jamais son agresseur. À la place, elle se marre en imitant la rafale du semi-automatique -les brrrr, l'une de ses fameuses signatures vocales, avec le graveleux aaaaah et sa langue bien pendue; mais aussi en élargissant le propos au sort d'autres femmes noires, comme Breonna Taylor, tuée lors d'une descente de police. Énervée, Megan Thee Stallion? Assurément. Une fois ses comptes réglés, la rappeuse (Houston, 1995), s'empresse cependant de passer à autre chose. Comme si le traumatisme exorcisé, elle pouvait revenir à ses fondamentaux. Soit un rap au flow acrobatique et juteux, qui réussit à faire le lien entre l'ancien et le nouveau. Go Crazy rappelle par exemple le OPP de Naughty By Nature, tandis que Girls in the Hood est à peu de choses près une relecture du Boyz-N-The-Hood de Eazy- E. Plus loin, Freaky Girls, avec SZA, est l'un des meilleurs moments du disque, avec ses lignes de synthés qui renvoient aux g-funk des années 90. Sans avoir besoin d'autotune pour s'inscrire dans son époque, Megan Thee Stallion enchaîne ainsi les bangers. Plaçant son féminisme dans une sexualité frontale, elle a le verbe cru et fendard -"invest in this pussy, boy - support black business", sur Sugar Baby. Au fond, Megan Thee Stallion ne surprend pas vraiment avec ce "premier" album. À l'une ou l'autre exception (la sortie pop de Don't Rock Me to Sleep), Good News reste fidèle à la voie rap qu'elle a tracée depuis le début. Mais elle y met un tel charisme et une telle énergie que le disque s'impose comme l'une des sorties les plus addictives de l'année.