Deux albums jumeaux conçus à l'arrière d'un tour bus: U.F.O.F. et Two Hands. Les louanges de la presse musicale. Le succès public (on parle en millions de vue sur YouTube et en dizaines de millions d'écoutes sur Spotify). Des passages télé remarqués et des invitations dans les plus grands festivals.... 2019 a été pour les folk rockeurs new-yorkais de Big Thief l'année de la consécration. 2020 avait aussi plutôt bien commencé pour la bande à Adrianne Lenker. Jusqu'à ce que le coronavirus et la pandémie coupent les Américains dans l'élan de leur tournée européenne. Retour à la maison. Au pays du moin...

Deux albums jumeaux conçus à l'arrière d'un tour bus: U.F.O.F. et Two Hands. Les louanges de la presse musicale. Le succès public (on parle en millions de vue sur YouTube et en dizaines de millions d'écoutes sur Spotify). Des passages télé remarqués et des invitations dans les plus grands festivals.... 2019 a été pour les folk rockeurs new-yorkais de Big Thief l'année de la consécration. 2020 avait aussi plutôt bien commencé pour la bande à Adrianne Lenker. Jusqu'à ce que le coronavirus et la pandémie coupent les Américains dans l'élan de leur tournée européenne. Retour à la maison. Au pays du moins. Tandis que ses comparses vaquaient à leurs occupations, l'auteure, compositrice et interprète s'est échappée et retirée au calme, loin du tumulte, des couvre-feux, des masques et des toux suspectes. Lenker a rejoint sa soeur Zoë dans le Massachusetts, au beau milieu des bois, vivant dans un chalet voisin. Et -ça ne figurait pas au programme- a fini par y écrire des chansons et enfanter l'album qui nous amène ici. Le double album devrait-on même dire. On y reviendra plus tard. D'abord et avant tout, il y a Songs. Onze chansons dépouillées et désarmantes à la guitare acoustique. Moments d'intimité, confessions mélomanes, guérison musicale... Lenker y panse une peine de coeur, plus dure et cruelle que jamais, et entonne ses complaintes d'une voix quasi enfantine. Cette voix, parfois irritante sur les disques de Big Thief, fait ici merveille. Elle réveille le fantôme de Karen Dalton et le souvenir ému du premier Alela Diane. De la pluie, du vent, le crépitement d'un feu de bois, le carillon du hall d'entrée, le chant des oiseaux et le bruit des insectes... Enregistré avec l'aide d'un huit pistes, tout en analogique, à cheval sur avril et mai au rythme des coupures de courant (elle a même dû bosser avec un Walkman), Songs est un album lo-fi. Une plaque qui vit, un disque qui berce et qui reflète l'amour de Lenker pour Joni Mitchell, Neil Young et Leonard Cohen... L'ambiance est tout sauf joyeuse. Lenker a travaillé avec l'ingénieur du son Phil Weinrobe. Et si elle ruminait une rupture sentimentale, lui, via Zoom, disait pour toujours au revoir à sa grand-mère. Sad sad planet, comme chantait Mauro. En attendant, pour entamer et boucler ses journées, sans doute aussi pour évacuer une part de chagrin, le tandem s'adonnait quotidiennement à des improvisations acoustiques. Sélectionnées et assemblées, elles ont débouché sur Instrumentals. Une demi-heure de bonus, deux morceaux (Music for Indigo et Mostly Chimes) uniquement musicaux, agréables mais relativement anecdotiques. Songs est selon Lenker son disque le plus personnel. C'est sans doute également le plus réussi.