Si Ivan Tirtiaux, 42 ans, Bruxellois d'adoption, était une plage, de quoi serait-elle faite ? Galets, sable ou rochers, plate ou à front de falaise? Mettez-moi le tout, caractéristiques qui annoncent la présence proche de la mer et des écumes, à plusieurs reliefs et senteurs. Eau amenée au désert, L'Oasis est donc un album de ressacs émotionnels comme de vagues entre genres, musiques et verbes soignés. Un mouvement de balancier, à l'image du premier Tirtiaux, L'Envol, sorti en 2014, mais aux ambitions plus océaniques. Dans une gracieuse langue française dont le phrasé peut sembler joliment anachronique alors que la cible reste bien contemporaine. Dans les mots qui accrochent l'amour - "Je m'endurcirai comme pierre/Celles dont on fait les ponts" (Caillou) - traquent l'exil - "C'est un village de vacances/La plage de la providence" - ou manifestent le vouloir-vivre, celui de Réveil, "Je suis vivant/Je le sens dans l'écorce". Textes sensoriels portés aux frontières du vécu et la nécessité de faire voyager les morceaux. "J'ai longtemps rêvé d'aller au Brésil et, d'ailleurs, j'ai fini par y aller, il n'y a pas loin de vingt ans": Tirtiaux est sur une terrasse amie d'un appartement bruxellois "parce que chez moi, c'est trop le bordel".
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