On avait beaucoup ri, en 2017, apprenant que Tom DeLonge, l'ancien chanteur-guitariste des patapoufs Blink 182 était désormais à la tête d'une entreprise cross-média dont l'un des principaux buts était de préparer le monde à la révélation de l'existence de différentes races extraterrestres. D'autant que le bonhomme ne s'était pas privé, chez Joe Rogan notamment, d'enfiler les idioties et les effets de manche au moment d'en faire la publicité. Reste que quelques jours seulement après le lancement médiatique de sa société, le New York Times publiait un articleoù le Pentagone reconnaissait officiellement l'existence d'un programme jusqu'alors secret s'intéressant de près aux observations d'objets volants non identifiés. Bien sûr, il y était moins question d'existence de vaisseaux spatiaux venus d'ailleurs que d'enfin admettre que des engins volants aux propriétés étonnantes avaient été observés par des témoins dignes de confiance, principalement des gradés en mission. Et qu'il existait des traces (photos, vidéos, enregistrements, radar...) de ces rencontres d'un type étrange. Ce qui fut en soi une véritable révolution communicationnelle, puisque l'armée, grande muette par définition, reconnaissait en fait être dépassée par le sujet. Ne pas savoir. L'armée, presque 20 ans après les attentats du 11 septembre, admettait donc que des engins en forme de bonbons TicTac et de pyramides volantes se baladent tranquillement dans les cieux américains sans qu'elle ne puisse y faire grand-chose. "Messieurs les Chinois, tirez les premiers", en d'autres termes.
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On avait beaucoup ri, en 2017, apprenant que Tom DeLonge, l'ancien chanteur-guitariste des patapoufs Blink 182 était désormais à la tête d'une entreprise cross-média dont l'un des principaux buts était de préparer le monde à la révélation de l'existence de différentes races extraterrestres. D'autant que le bonhomme ne s'était pas privé, chez Joe Rogan notamment, d'enfiler les idioties et les effets de manche au moment d'en faire la publicité. Reste que quelques jours seulement après le lancement médiatique de sa société, le New York Times publiait un articleoù le Pentagone reconnaissait officiellement l'existence d'un programme jusqu'alors secret s'intéressant de près aux observations d'objets volants non identifiés. Bien sûr, il y était moins question d'existence de vaisseaux spatiaux venus d'ailleurs que d'enfin admettre que des engins volants aux propriétés étonnantes avaient été observés par des témoins dignes de confiance, principalement des gradés en mission. Et qu'il existait des traces (photos, vidéos, enregistrements, radar...) de ces rencontres d'un type étrange. Ce qui fut en soi une véritable révolution communicationnelle, puisque l'armée, grande muette par définition, reconnaissait en fait être dépassée par le sujet. Ne pas savoir. L'armée, presque 20 ans après les attentats du 11 septembre, admettait donc que des engins en forme de bonbons TicTac et de pyramides volantes se baladent tranquillement dans les cieux américains sans qu'elle ne puisse y faire grand-chose. "Messieurs les Chinois, tirez les premiers", en d'autres termes. Depuis la publication de cet article, c'est donc fini de rire. Depuis 2017, le sujet OVNI n'est plus réservé aux pages des feuilles de chou de type National Enquirer et fait désormais l'objet de plus en plus d'enquêtes et d'articles bien plus rondement et sérieusement menés que du temps de Jacques Pradel et de sa fameuse autopsie de Petit Gris en plastoc. Dernièrement, le prestigieux New Yorker y a ainsi encore consacré une quinzaine de pages certes un brin moqueuses mais résumant toutefois fort bien ce changement de perspective initié il y a 4 ans. On n'a pas fini d'en entendre parler, d'ailleurs, puisque le mois prochain, les services de renseignement US devraient encore déclassifier des dossiers et selon certains politiciens réputés plutôt sérieux et déjà au courant de leurs contenus, il s'y trouverait des choses proprement ahurissantes. Interviewé en décembre 2020, John Brennan, l'ancien directeur de la CIA, a ainsi carrément évoqué la possibilité que certaines choses observées et consignées émaneraient d'une "forme de vie différente"!!! Alors, certes on sera sans doute déçu, fin juin. ILS ne diront pas tout. ILS reconnaîtront peut-être même qu'ILS ont inventé une bonne partie des histoires qui font bouillir l'imagination depuis Roswell, en 1947. Ce qui ne serait pas un scoop, d'ailleurs. Il reste aussi drôlement plus probable que les pyramides volantes qui font depuis deux ou trois semaines tant jaser sur Internet soient immatriculées à Baikonour et non au contrôle de mise en circulation de Zéta du Réticule. N'en demeure pas moins, comme l'écrit très bien Ezra Klein, éditorialiste du New York Times, dans l'un de ses récents billets d'opinion, que toute cette agitation en arrière-plan d'une actualité autrement plus préoccupante (le coronavirus, Israël, l'économie...) rappelle ces films où ce qui va drastiquement changer le monde (zombies, météores, catastrophes...) est dans les premières scènes annoncé d'un ton rigolard à la radio et à la télévision sans que personne n'y prête réellement attention, la vie humaine suivant son cours banal sans se rendre pleinement compte des incroyables bouleversements à venir. Imaginons d'ailleurs que le mois prochain, Joe Biden et un parterre de généraux multi-étoilés y aillent d'un définitif "listen, guys, UFOs are real" lors d'une conférence de presse forcément historique. Que se passerait-il ensuite? Des années durant, la science, pas que fictionnelle, nous a prédit qu'une telle annonce ferait imploser les religions, unifierait le monde contre une potentielle menace galactique et donnerait aussi un gros coup d'accélérateur à l'exploration spatiale. Selon ce même article -génial, à mon goût- d'Ezra Klein, il faut en fait revoir ces scénarios en tenant compte des spécificités de notre époque troublée. Si la preuve incontestable de la vie extraterrestre doit être dévoilée en juin 2021, on ne peut pas zapper du décor la partie significative de la population américaine qui pense sincèrement que l'élection présidentielle a été volée à Donald Trump et que le vaccin contre le Covid ne sert qu'à inoculer une puce de traçage. Dans ce contexte conspirationniste, Klein suppose donc qu'un effet immédiat de l'annonce de l'existence extraterrestre serait un "effondrement complet" de la confiance du public envers les autorités. "Tous les garde-fous seraient en lambeaux parce que si les OVNIs existent malgré des décennies à le réfuter, en qui pourrait-on encore avoir confiance? Qui pourrait assurer que tout le reste n'est pas tout aussi faux?" Autrement dit, il vaudrait en fait mieux que les gouvernements aient menti pour cacher qu'ils ne savent rien de ces phénomènes et ne les comprennent pas que parce qu'ils en savent plus qu'ils ne l'ont jamais reconnu. Quel piège! Autre point primordial: le récit, le storytelling. Là aussi, on marcherait sur des oeufs. Choisir ce que l'on en raconte impacterait fortement notre culture globale, à jamais. Choisir ce que l'on en raconte générerait aussi énormément de pouvoir, énormément d'argent, énormément de convoitises et donc aussi énormément de raisons de se taper sur la gueule, strictement entre humains. Or, il n'y a, en gros, que deux options. D'un côté, imposer l'idée que ces êtres venus d'ailleurs ne soient pas sympathiques du tout et qu'il faut s'en protéger. Bref, les budgets militaires explosent et s'instaure pour des siècles et des siècles une paranoïa de l'invasion qui transformerait sans doute la culture globale humaine en quelque chose de drôlement proche de ce que se moquait Paul Verhoeven dans Starship Troopers. Ou alors, les aliens sont gentils et quoi? On entre dans l'Ère du Verseau? Ce sont les budgets de la recherche qui explosent, il naît de nouvelles religions d'amour galactique, le tourisme sur d'autres planètes cartonne et c'est le complexe militaro-industriel qui morfle? Sans broncher? Vraiment? Il existe une troisième possibilité. Les aliens ne sont ni gentils, ni méchants, juste complètement indifférents. Il y a des débris de vaisseaux extraterrestres dans des hangars de l'armée américaine depuis les années 40 mais personne n'y comprend rien et on n'essaye même plus d'y comprendre quoi que ce soit. On va même les déménager au musée, tiens... On sait d'où ils viennent mais c'est très loin et même pour eux, le voyage a l'air compliqué. On a causé un jour avec un alien, mais il était bourré et n'a fait que sortir des blagues de cul incompréhensibles et probablement racistes sur les Jupitériens. Pas de réponse aux grandes questions, aucune explication scientifique révolutionnaire. Un con, quoi. Bref, la confirmation de la vie extraterrestre s'avère une nouvelle extraordinaire qui ne change pas grand-chose à la vie des gens. Elle vit dès lors sa petite vie banale de nouvelle extraordinaire dans le cycle informationnel où, au bout de cinq jours sur Twitter, les gens s'en désintéressent et se remettent à principalement parler de la réouverture de l'horeca et de la rentrée des classes en août, dès 2022. Autrement dit, à notre époque et dans notre culture, pour que l'annonce d'une vie extraterrestre change véritablement le cours de l'histoire humaine, il ne suffira peut-être pas de simplement l'annoncer. Il faudra quelque chose de nettement plus marquant et spectaculaire. Envoyer Tom DeLonge en émissaire sur leur planète, par exemple. Encore que s'il se met à chanter, ça pourrait vraiment être perçu comme une déclaration de guerre cosmique! Encore un piège, tiens!