George Harrison - "All Things Must Pass"
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Lorsque débarque All Things Must Pass fin 1970, le split des Beatles, en avril de la même année, irrigue toujours la nostalgie sixties. Il y a bien davantage dans ce tout premier triple studio du rock, nonobstant une compilation d'archives de Woody Guthrie en 1964 et la saga live de Woodstock. En pochette du coffret, sur la pelouse de sa propriété de Friar Park, un Harrison hippie-jardinier est bordé par des gnomes mais c'est gorgé de soul, de gospel et de country que s'alignent les classiques, If Not For You, Beware Of Darkness, Wah-Wah et My Sweet Lord. Pour un résultat inspiré au succès planétaire. Un an plus tard, Harrison noyaute une autre triplette, celle de The Concert For Bangladesh, dopant la mode des triples en public, à laquelle se plieront bientôt Yes (1973), ELP (1974) et les Wings de Paul McCartney (1976).Fruit d'une collaboration entre la compositrice américaine Carla Bley et l'écrivain Paul Haines, cet opéra travaille le jazz avec des parfums de raga indien et de théâtralité à la Kurt Weill. Impliquant Don Cherry, Jack Bruce ou encore la novice country Linda Ronstadt, l'escalator sonore produit un résultat unique, presque psychédélique dans son éclectisme viscéral. Et free, au sens purement libertaire du terme.Kevin Godley et Lol Creme quittent 10cc (I'm Not In Love) et mettent au point le gizmotron, boîtier placé sur un chevalet de basse/guitare provoquant des sonorités d'instruments à corde comme le violoncelle. Ce concept-album autour de l'affrontement homme-nature, est en pratique une démonstration exponentielle de l'invention-gimmick via des paysages sonores narrés par le comédien Peter Hook et chantés par Sarah Vaughan. Comme le gadget du duo, le triple sorti en pleine punkmania fera un flop majeur.Techniquement, il s'agit de trois maxis lisibles en 45 tours, totalisant une heure de musique, en tout cas dans sa première édition packagée dans une boîte de métal, habituelle protection des films 16 mm. La notion d'étanchéité n'est d'ailleurs pas étrangère à ce free-rock de toute évidence marqué par Can, Neu et Captain Beefheart, soit Lydon au sommet de ses imprécations misanthropes dopées par la basse volcanique de Jah Wobble et les guitares maladives de Keith Levene.Après le triomphe du double London Calling, Clash s'offre six faces de rap, soul, country, gospel, calypso, rhythm'n'blues et reggae-dub. La critique éreinte ce qu'elle considère comme un manifeste boursouflé de mondialisme militant et de pro-sandinisme nicaraguyaen (d'où le titre), malgré d'indéniables réussites à la Washington Bullets. Le groupe sacrifie son avance de royalties en vendant l'objet à bas prix: pas mal de morceaux sentent le chat mouillé mais avec The Magnificent Seven, Clash réinvente quand même sa propre urbanité, version hip hop.Peut-on faire un triple album sur un mariage réussi, un enfant quasi mort-né et un divorce de label? Ce premier 3 albums studios de l'histoire du r'n'b, en est la preuve un rien éprouvante, où la méga-star prouve que son zénith créatif semble derrière lui. Autre élément penchant pour la thèse éventuelle du remplissage: pour la première fois, Prince, guetté par le blues et la house, reprend des chansons d'autrui, quatre hits pour The Stylistics, The Delfonics, Joan Osborne, Bonnie Raitt, mais zéro pour lui.Pris séparément, le folk friable de Baby Birch ou le quasi-funky Good Intentions Paving Company, donnent du jus spatial à la Kate Bush new wave. Mais deux heures de susurrements et de harpe -plus une vingtaine d'autres instrumentistes et vocalistes- peuvent éprouver les nerfs soumis à l'assaut d'une telle broderie minaudée. Cela n'empêche pas la performance commerciale de l'objet -50.000 exemplaires vendus aux États-Unis- ni les rations de superlatifs, dont celle du Washington Post comparant l'affaire à une version free-folk de Sandinista! et à la transposition sonore d'Ulysse, l'indigeste roman de Joyce. C'est dire.Habituée aux doubles disques et aux durées du simple CD/LP dépassant l'heure, la brigade de Michael Gira réussit, avec ce triple, son meilleur score commercial en plaçant To Be Kind dans les Top 40 anglais et américains. Remarquable vu la brutalité récurrente d'un noisy rock de longueur fluviale, par exemple les 34 minutes et 5 secondes de Bring The Sun/Toussaint l'ouverture. Incantatoires comme la plupart des titres ici proposés.On est prévenu dès le titre du premier album (sur une major) de ce jeune saxophoniste-compositeur californien: le trip se veut intégral en embrassant le jazz et ses confluents chantés ou instrumentaux. Mais si ces trois heures et plus d'afro-rythmes snobent tout formatage, c'est par le talent de l'auteur et de la dizaine d'accompagnateurs, transformant l'acte effronté en cinglant geste culturel. Donc éminemment politique face au zapping du vite consommé, vite oublié 2.1.