Seuls les imbéciles ne changent pas d'avis. Conçu comme une respiration dans l'été festivalier, un acte de résistance face à la surenchère et à l'offre pléthorique des poids lourds (même Werchter se décline sur quatre scènes aujourd'hui), le Micro est le genre d'événement qui a toujours pris son temps. Il en a même fait son leitmotiv. Un unique podium, des DJ's entre les concerts... Le rendez-vous mélomane et festif liégeois a toujours un peu vécu au ralenti et à contretemps. Cette année, s'ils ont bien failli ne pas disposer de l'Espace 251 Nord (un bâtiment du Creahm y est actuellement en construction), les organisateurs de l'événement ont profité du chantier en cours sur le site pour quelque peu se repenser. Se réinventer sans se dénaturer. S'étendre sans se perdre. Mission accomplie. Sans rien abandonner de sa convivialité, le Micro a grandi. L'Oasis 3000 est devenue une scène à part entière et la musique électronique s'est installée plus confortablement sur son affiche. Une musique électronique forcément un peu déviante. Qu'elle soit fabriquée par le batteur de STUFF. (BeraadGeslagen) ou par un Experimental Tropic Blues Band transformé en robot disco bricolé façon Star Wars (Müholos). La scène est située au milieu du public. Les lights en jettent. Même la plus petite boîte de nuit du monde planquée à côté du bar à Granita a un peu grandi. Certains y font des siestes avec DJ set adapté au petit somme. Zoom sur cinq temps forts du week-end.

Black Country, New Road

Ils sont jeunes. Pour le moins décontractés. Et sérieusement doués. Les Londoniens de Black Country, New Road sont un peu les petits frères (et soeurs) de Black Midi. Un groupe sans concession qui ne s'interdit rien et semble déjà bien perché eu égard à l'âge de ses membres. Peut-être un peu moins virtuose et violent certes. Mais plus habillé (violon, saxophone). Le résultat est déstructuré. Tape dans le post rock, le post punk, une espèce de free jazz bruitiste. On pense à un Lift To Experience, aux Swans... Pour l'instant, les Black Country, New Road n'ont que deux morceaux sur Spotify et un 45 Tours, Athen's, France sorti sur Speedy Wunderground, le label du producteur et ingé son Dan Carey spécialisé dans l'enregistrement express (tous les disques sont faits en un jour et doivent être terminés avant minuit). Le moins qu'on puisse dire, c'est que la jeune génération du rock britannique ne fait pas dans la facilité.

Mauskovic Dance Band

Les Hollandais aiment décidément voyager sur le dancefloor. Si Altin Gün, passé par le Micro en 2017 est une machine à danser turque, le Mauskovic Dance Band lui joue avec les musiques africaines et sud-américaines. Afrobeat, cumbia... Emmené par Nic Mauskovic (ancien batteur de Jacco Gardner et d'Altin Gün justement), le groupe signé par le génial label Soundway (Fumaça Preta, Meridian Brothers, Batida...) a fait péter les percus et remuer le Micro. Il a même provoqué quelques farandoles imbibées.

Lewsberg

Pas vraiment du genre à faire des cumulets et à raconter des blagues entre les morceaux, les Hollandais de Lewsberg tapent dans un rock on ne peut plus new-yorkais. Voix parlée et guitares dégingandées. Contre-culture, humour noir et cynisme urbain... Le groupe de Rotterdam a choisi son nom en clin d'oeil à l'écrivain et poète néerlandais Robert Loesberg. Auteur du roman Enige Defecten. L'histoire d'un mec qui déteste ses pairs. Surtout les médiocres et les bourgeois. Et ne fait aucune exception pour ses parents, sa femme et ses amis. Lou Reed sort de ce corps. Il y a ici du Velvet, du Modern Lovers, du Jonathan Richman et du Television. Assurément l'une des découvertes du week-end.

Le Prince Harry

Il n'y avait pas beaucoup de rock frontal et de groupes qui secouent cette année au Micro. Alors quand Le Prince Harry a sorti son synth punk, l'Espace 251 Nord a sauté sur l'occasion pour se défouler un bon coup. Régionaux de l'étape, Allan Snon (la star souffre-douleur de Spit'n'Split, le faux documentaire sur les Tropics) et Beton Mortel ont sorti boîte à rythmes, synthé et guitare pour botter le cul d'un public qui n'en demandait pas tant. Quand les enfants sont partis, les parents dansent (le concert commençait sur le coup de minuit). Une bonne grosse claque dans la tronche.

La Récré

OKGB (L'Oeil Kollectif Grand Bazar), Yokaï, Szun Waves... Placée sous le signe du jazz et des musiques instrumentales, la troisième après-midi du Micro a sonné l'heure de La Récré. Lorsque le magazine Gonzaï demande à Émile Sornin (Forever Pavot) des idées de tandem pour compléter une Gonzaï Night à la Maroquinerie, le moustachu décide d'inventer un duo avec son batteur Cédric Laban. Notamment inspirés par Yussef Kamaal, Thundercat et compagnie, les deux potes jouent avec le jazz, le hip hop et la library music des années 70. Mais aussi avec des samples de voix qui lui apportent une légèreté singulière et filent à l'auditeur l'impression de se retrouver au beau milieu d'un vieux film français ou d'un dessin animé d'Antenne 2. Et si un saxophoniste se joint dans la cour de La Récré, c'est pour mieux nous rappeler que le projet est mouvant, ouvert aux collaborations. Il n'exclut d'ailleurs pas d'inviter des rappeurs. À suivre.