Le pari est audacieux: proposer une plongée interactive dans les musiques noires, de la soul au reggae, de l'afrobeat au jazz. Le dispositif muséal occupera pas moins de 600 mètres carrés, découpé en six chapitres -en faisant l'impasse sur les artefacts pour privilégier les documents audiovisuels. Le casqu...

Le pari est audacieux: proposer une plongée interactive dans les musiques noires, de la soul au reggae, de l'afrobeat au jazz. Le dispositif muséal occupera pas moins de 600 mètres carrés, découpé en six chapitres -en faisant l'impasse sur les artefacts pour privilégier les documents audiovisuels. Le casque audio sera donc indispensable pour effectuer la visite. Déjà présentée à Dakar, Johannesburg et Paris, l'exposition arrive à un moment particulier. Sa thématique ne peut que faire écho au mouvement Black Lives Matter. Il n'en est jamais directement question ici -la sélection de l'expo s'arrête au début des années 2000. Il n'empêche: difficile d'aborder le parcours sans le raccrocher à la conversation actuelle. Que recouvre par exemple le terme de "musiques noires", surtout quand il désigne des genres aussi différents que la disco et le blues, le rap et la rumba congolaise, la house et le maloya de La Réunion? Comment les aborder, en expliquant le rôle joué par l'esclavage, sans tomber dans un racisme inversé (où une musique noire ne le serait qu'à cause de la couleur de peau de ses auteurs)? À cet égard, le terme de "Great Black Music" a au moins l'avantage d'avoir été promu par les musiciens noirs eux-mêmes -en l'occurrence ceux de l'Art Ensemble of Chicago, collectif jazz dont la posture politique les a amenés à se tourner vers l'Afrique. Et relier ainsi les deux côtés de ce que le sociologue Paul Gilroy a baptisé "l'Atlantique noir"...