Suite à la publication lundi dernier de la chronique sur Tom Davies, alias GeoWizard, le YouTubeur qui traverse des pays en ligne droite, il s'est développé sous ma cafetière deux idées fixes. La première: faire pareil. Juste pour savoir ce que ça fait de le faire. Le comprendre de l'intérieur. Aussi, un après-midi étouffant que j'étais sur les coteaux de Liège et que j'en avais vraiment assez de les grimper en zigzag sur un soleil plus tabasseur qu'un litron de Zizi-Coincoin, j'ai décidé de couper à travers tout. En ligne droite. Une expérience on va dire peu satisfaisante: il m'a fallu à peu près un quart d'heure pour avancer de 15 mètres, je me suis bien griffé les bras et l'arcade sourcilière et je me suis aussi largement étalé dans un tas de ronces quand une bûche très sèche sur laquelle j'étais appuyé s'est littéralement désintégrée sous mes pieds. Finalement, j'ai bien retrouvé le sentier mais tip-top avec le nez au-dessus d'une grappe de plantes auxquelles je suis en ce moment particulièrement allergique. Bref, c'est du pollen plein le pif et une dizaine de petites plaies ouvertes bénignes mais rendues douloureuses par la chaleur et la sueur que je suis rentré clopin-clopant chez moi "à moitié mouru", par Pierreuse, en suivant le tracé de rues faites pour être parcourues depuis quelques siècles et en me disant justement que si les sentiers et les rues existent, c'est qu'il y a peut-être bien une très bonne raison à cela.
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Suite à la publication lundi dernier de la chronique sur Tom Davies, alias GeoWizard, le YouTubeur qui traverse des pays en ligne droite, il s'est développé sous ma cafetière deux idées fixes. La première: faire pareil. Juste pour savoir ce que ça fait de le faire. Le comprendre de l'intérieur. Aussi, un après-midi étouffant que j'étais sur les coteaux de Liège et que j'en avais vraiment assez de les grimper en zigzag sur un soleil plus tabasseur qu'un litron de Zizi-Coincoin, j'ai décidé de couper à travers tout. En ligne droite. Une expérience on va dire peu satisfaisante: il m'a fallu à peu près un quart d'heure pour avancer de 15 mètres, je me suis bien griffé les bras et l'arcade sourcilière et je me suis aussi largement étalé dans un tas de ronces quand une bûche très sèche sur laquelle j'étais appuyé s'est littéralement désintégrée sous mes pieds. Finalement, j'ai bien retrouvé le sentier mais tip-top avec le nez au-dessus d'une grappe de plantes auxquelles je suis en ce moment particulièrement allergique. Bref, c'est du pollen plein le pif et une dizaine de petites plaies ouvertes bénignes mais rendues douloureuses par la chaleur et la sueur que je suis rentré clopin-clopant chez moi "à moitié mouru", par Pierreuse, en suivant le tracé de rues faites pour être parcourues depuis quelques siècles et en me disant justement que si les sentiers et les rues existent, c'est qu'il y a peut-être bien une très bonne raison à cela. La seconde de mes idées fixes était de réparer une petite erreur induite par cette chronique de la semaine dernière. J'y ai en effet avancé, non sans pourtant avoir au préalable vérifié, que "dans un pays aussi densément peuplé et "construit en dur" que la Belgique", il était probablement impossible de rejoindre deux frontières en marchant en ligne droite. Or, j'ai depuis appris que l'un de mes abonnés Facebook (que je ne connaissais pas) répondant au très simpsonien pseudonyme de Timmy O'Toole, avait l'an dernier réussi un tel exploit (en chipotant bien un peu, mais bon...). Accompagné d'un ami et de son chien, ce jeune homme a en effet randonné l'été 2020 en ligne droite de Heer-Agimont, à la frontière française, jusqu'à Lixhe, au-dessus de Visé, à quelques mètres de la frontière hollandaise. Tout cela a été filmé, monté, mis en musique, et il existe aujourd'hui sept vidéos sur YouTube qui retracent cette aventure. Que cela me soit passé sous le citron est toutefois compréhensible. Si Tom Davies comptabilise aujourd'hui 950.000 abonnés et fait régulièrement l'objet d'articles recensés sur Google, les vidéos de Timmy O'Toole sous la bannière Monstres B Productions n'ont en revanche chacune été vues que par une petite poignée de personnes. C'est donc l'underground de l'undergound mais ça n'en est pas moins aussi la preuve qu'il y a autant moyen de mener une aventure en ligne droite en Wallonie qu'au Pays-de-Galle, en Écosse et en Norvège. Timmy O'Toole, qui est bruxellois, m'a depuis expliqué avoir l'an dernier découvert GeoWizard sur recommandation de YouTube et avoir très vite ressenti l'envie folle de faire pareil, ici, en Belgique. Quelques recherches sur Google Maps plus tard, il s'est trouvé une "ligne" ayant l'air "faisable", de bonne longueur (90 km, à peu près) et présentant quelques challenges: des nationales, des bois, des champs, un zoning industriel, une carrière, La Meuse... "J'ai essayé d'éviter les risques au maximum, m'a-t-il confié. Moi, traverser à pieds la N4, j'étais chaud mais Seb, le pote qui m'accompagnait, beaucoup moins. Donc, on s'est accordé un petit détour. C'est d'ailleurs une heureuse coïncidence que sur notre "ligne" de la France à la Hollande, dès qu'il y avait une autoroute, il y avait toujours moyen de passer en-dessous par un chemin ou via une autre route pas loin. On s'était d'ailleurs mis d'accord sur la possibilité de dévier de 100 mètres de chaque côté de la ligne, vu que le but n'est évidemment pas de se mettre en danger. Donc, dans ce genre de rando, le danger est surtout humain, je dirais. Tomber sur des personnes qui ne trouvent pas sympathique du tout ce que tu es en train de faire."Justement, tant dans les vidéos de GeoWizard que de Timmy O'Toole, ce qui m'a surtout surpris, c'est qu'ils ne rencontrent tous finalement que très peu de gens. Une fausse impression selon Timmy: "L'idée, c'est quand même d'un peu te cacher, de passer en douce. Quand on repère des gens, on attend qu'ils partent de l'endroit que l'on veut traverser. Ce qui prend parfois un peu temps et s'avère aussi très fatigant. Dans les randonnées en ligne droite, je trouve d'ailleurs que la difficulté est plus mentale que physique. On est constamment aux aguets, la boule au ventre. Quand tu crapahutes dans des bosquets et des ronces, c'est essentiellement physique, mais tu te sens pleinement en contrôle. Traverser une propriété privée en risquant de te faire choper, c'est beaucoup plus stressant, vu que ça peut signifier la fin de l'aventure mais aussi le début des emmerdes." Lesquels? Des amendes, sans doute, mais qui sait comment ça peut tourner si quelqu'un porte plainte pour effraction? C'est à ce moment-là que je me suis rappelé que la seule fois de ma vie où je me suis fait tirer dessus, c'était après avoir mis un orteil par inadvertance sur la pelouse d'un châtelain. Ce qui ne m'a pas empêché, 30 ans plus tard, de demander à Timmy s'il avait un "baratin de secours", entendu que malgré cette expérience personnelle prouvant que certains rupins du namurois sont flous et fous, je continue de penser que si vous avez une dégaine de randonneur égaré, les gens auront plus souvent tendance à vous aider à retrouver le chemin ouvert à toutes et tous qu'à appeler la police ou tirer des coups de semonce à 40 centimètres au-dessus de votre tête. "En fait, m'a répondu Timmy, le mieux, c'est encore de ne pas mentir. Expliques que tu traverses la Belgique en ligne droite et les gens vont plutôt trouver ça cool. On a eu le cas à Liège, au moment de passer par-dessus une clôture pour traverser un jardin privé. Un gars est sorti de son champ de patates et nous a demandé ce que nous faisions là. On le lui a dit, il a trouvé ça visiblement sympa et nous a répondu texto "hé bien faites donc ce que vous avez à faire"." Puisque l'on parle de Liège, revenons à mon expérience personnelle sur les coteaux. Suivre le chemin en zig-zag m'aurait pris à peu près 120 secondes. Grimper en ligne droite m'a pris un quart d'heure. Ce genre d'exercice prend donc un temps fou. Ce que m'a confirmé Timmy: "On se lève tôt, on marche et on arrête tôt aussi. 6 heures de marche maximum le plus souvent mais il est arrivé que sur une journée, on n'ait avancé que de trois kilomètres. C'est la surprise: même si il y a des repérages sur Google Maps et que l'on s'était choisi une ligne présentant seulement un peu de relief, des bois et des champs, on n'est jamais certains de la topographie. Mais la surprise fait bien entendu partie du truc..."Et à part des égratignures et la satisfaction d'avoir réussi un trip un peu borderline sans se faire choper, il en a tiré quoi, ce brave Timmy, de cette expérience? "De la détermination. Depuis que j'ai pratiqué la ligne droite, je suis beaucoup plus déterminé dans mes projets qu'avant. Si tu veux faire un truc, vas-y, prépare au maximum et lâche rien." Sage conseil dont il aura bien besoin pour son prochain challenge: faire le tour du Luxembourg sur le tracé exact de sa frontière. Ce qui implique de patauger dans un nombre conséquent de rivières. Une idée qui elle aussi me fait pétiller l'oeil et picoter les orteils. D'autant qu'il y a rarement du pollen dans les rivières... Cela dit, une terrasse à Wormeldange, c'est quand même pas mal non plus!