Choisir un sexe et un âge. Modeler un corps, au sourcil près. Et enfin, dénicher une tenue vestimentaire. De Mass Effect à Fallout 4, la création poussée d'avatars tisse des liens émotionnels forts entre gamers et jeux de rôle. Indispensable pour se distinguer parmi des millions de joueurs dans des MMORPG ou des battle royales, cette customisation se profile même comme l'unique source de revenus des développeurs de Fortnite. D'une épatante nonchalance, Miitopia de Nintendo adopte un point de vue radicalement différent face à cette personnalisation qu'il place au centre de son récit. Il y a huit ans, la...

Choisir un sexe et un âge. Modeler un corps, au sourcil près. Et enfin, dénicher une tenue vestimentaire. De Mass Effect à Fallout 4, la création poussée d'avatars tisse des liens émotionnels forts entre gamers et jeux de rôle. Indispensable pour se distinguer parmi des millions de joueurs dans des MMORPG ou des battle royales, cette customisation se profile même comme l'unique source de revenus des développeurs de Fortnite. D'une épatante nonchalance, Miitopia de Nintendo adopte un point de vue radicalement différent face à cette personnalisation qu'il place au centre de son récit. Il y a huit ans, la Wii s'attirait les faveurs des non gamers en s'entourant de motion games à la prise en main facile. La console de salon proposait aux amis et à la famille d'y créer leur Mii. Se dessinant en quelques traits, ces avatars aux airs de Playmobil s'utilisaient dans plusieurs jeux d'arcade de la défunte bécane blanche. Leur come-back ce mois-ci sur Miitopia laisse pantois. Ce gentil RPG médiéval fantastique demande en effet de nommer et de dessiner les visages de ses principaux protagonistes en se reposant sur l'éditeur d'avatars original de la Wii. Adapté d'un titre 3DS éponyme passé sous nos radars il y a cinq ans, Miitopia sur Switch se vit d'abord comme un trip surréaliste. Une sorte d'aventure assumant pleinement son humour potache et sa bonne humeur inoxydable. Bad guy de service, Malefico y a dérobé les visages de villageois que le joueur doit retrouver sur des monstres éparpillés dans une quête attachante. D'un mystérieux mage providentiel à une pop star blessant ses adversaires à coup de refrains entêtants, nommer et dessiner ces protagonistes en s'inspirant de proches et d'amis déclenchent inévitablement des sourires. Insufflant avec talent une vie aux visages créés par le joueur, Miitopia se pratique, du reste, comme un jeu de rôle très simplifié. Au-delà de sa cosmétique faciale, il propose ainsi de monter une équipe de combattants à partir de cinq classes -parfois farfelues- de personnages. Mention spéciale à cette cuisinière qui fait poêler ses légumes en plein combat. Sur la longueur, la progression tangue entre des combats au tour par tour simplifiés et des phases de préparation lors de nuitées à l'auberge. Ces séjours obligatoires créent des liens entre les membres de l'équipe pour doper leurs pouvoirs face aux monstres du jeu. Partager la même chambre, aller boire un verre ou partir en excursion touristique développe ainsi des synergies permettant par exemple à un coéquipier de prévenir son binôme d'une attaque adverse imminente pour qu'il l'esquive. Hélas, cette bonne idée ne peut fleurir ici. Les combats au tour par tour de Miitopia limitent en effet les actions du joueur à son protagoniste tandis que ses équipiers agissent automatiquement. Une démarche dont la simplicité évoque un certain Pokémon. Ou comment Nintendo initie, une fois de plus, les béotiens aux J-RPG.